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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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EXILS

Film français ; 1h 43mn

Réalisation : Tony GATLIF - Créations musicales : Delphine MANTOULET et T.G.
Interprétation : Lubna AZABAL, déjà remarquée dans "Viva l'Aldgérie" et découverte dans "Loin" d' André Téchiné. Romain DURIS, déjà l' interprète principal de Tony Gatlif dans "Gadjo Dilo" et "Je suis né d'une cigogne".
Auteur :

Tony Gatlif est né à Alger en 1948, de père gitan et de mère algérienne. Il ne cesse de célébrer la musique flamenco dans ses œuvres. Il se fait remarquer en 93 avec "Latcho Drom". Grand succés en 98 avec "Gadjo Dilo". Il réalise ensuite "Je suis né d'une cigogne" en 99 et "Vengo" en 2000.

Résumé :

Zano et Naïma s'ennuient en haut de leur HLM parisien. "Et si on allait en Algérie ?". Bohèmes de nature et le casque rivé aux oreilles, ils prennent le chemin du rêve à pied, en train, en bateau, en camionnette, etc. Ils traversent l'Espagne et le Maroc, font différentes rencontres et croisent les maghrébins qui, eux, ne rêvent que d' aller à Paris. Ils parviennent à Alger après le tremblement de terre. Zano retrouve et visite l'appartement de ses parents partis vers la France au moment de l'indépendance. Naïma devra, elle, passer par l'exorcisme d'une longue transe soufie pour ressentir au fond d'elle même ses racines arabes.

Analyse :

Une fois reconnu qu'il comporte certaines longueurs et se complait parfois dans des images un peu trop apprêtées, ce film m'a paru riche d'évocations sensibles conformes à la sentimentalité méditerranéenne de son auteur. Le sujet, qui rappelle, avec d'autres ingrédients, "Gadjo Dilo", est la quête, la "reconquête" selon le mot de Tony Gatlif, de l'identité de chacun par le retour vers ses origines. Un thème certes très présent aujourd'hui dans le cinéma. Mais de belles séquences accompagnent cette heureuse évolution : la sensualité pudiquement érotique de la cueillette des fruits ; la danse sauvage de Naïma sur le terrain de foot au petit matin ; la compassion des deux femmes arabes autour de Zano en pleurs; la scène finale dans le cimetière, l'orange pelée et le casque sur la croix pour que nous entendions, en même temps que le grand père, les paroles d'une dernière chanson : "ceux qui sont partis, un jour reviendront".

L'enfant de "pied-noir" a pleuré devant les photos de ses parents restées intactes sur les murs. Et le souvenir de son grand père, "le premier instituteur de Rouiba", l'incitera peut-être à ressortir le violon qu'il avait enfoui rageusement. Tandis que la fille du maghrébin qui se sentait "étrangère de partout" sera sans doute enfin capable de s'approprier son prénom arabe. L'un et l'autre amorce ainsi la guérison de son exil intérieur. Mais le pluriel du titre nous rend attentifs à cette étrange image curieusement onirique d'une foule infinie d'hommes qui marchent tristement en silence face caméra, et que nos 2 jeunes gens remontent, à contre-courant. Ainsi va l'Histoire: les chemins ne sont pas les mêmes pour tous et il y a toujours de nouveaux exils en gestation.

Jean Domon