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Cinéma

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Free Zone

(Israël 2005 ; durée 1 H 30)

Réalisation : Amos Gitaï. Scénario : Amos Gitaï, Marie-José Sanselme. Image : Laurent Brunet. Son : Michel Kharat, Alex Claude, Stéphane Thiebaut.
Interprétation : Natalie PORTMAN (Rebecca), Hanna LASLO (Hanna)(prix d'interprétation féminine Cannes 2005), Hiam ABBAS (Leila), Carmen MAURA.
Auteur :

Amos Gitaï est un réalisateur israélien encore jeune, au palmarès déjà copieusement fourni : Kadosh, Kedma, Kippour, Yom Yom, Terre Promise. Il a délibérément tracé son sillon dans l'histoire de la société israélienne contemporaine aux multiples facettes, dont il évoque les faiblesses mais aussi les souffrances, de la condition féminine à la “connerie de la guerre“ : il se voudrait un artisan de concorde et de paix.

Résumé :

Il est, dans l'Est jordanien, un “espace de liberté“ où cohabitent dans l'exercice d'un commerce parallèle, des ressortissants des nationalités du voisinage : irakiens, syriens, israéliens, saoudiens et autochtones. Le mari d'Annah, Moshé, bricole dans le Néguev le blindage de grosses cylindrées destinées, via la “free zone“, à l'Irak. Victime d'un attentat, il laisse à sa femme le soin d'aller récupérer le montant de la dernière livraison. A sa place, Annah va entreprendre le long voyage transfrontalier, encombrée d'une jeune américaine, Rebecca, prête à n'importe quelle aventure suite à la trahison de son fiancé. Franchir les postes frontières n'est pas une mince affaire : comme un quitte ou double, au gré de l'humeur des préposés. A destination, les voyageuses connaîtront Leila, palestinienne, proche de “l'honorable correspondant“ de Moshé. Car, de correspondant, point ; et d'argent de la tractation, moins encore.. Le film s'achève sur un interminable tête-à-tête entre Leila et Annah, une “chikaia“ sans issue…

Analyse :

Amos Gitaï, ce sont, souvent, des plans interminables associés à un phrasé musical “de choc“. Ici, c'est Rebecca l'américaine, rejeton d'un juif et d'une “goy“ : immense visage ravagé de tristesse, de profil, à l'arrière d'une voiture, dans une Jérusalem gorgée de pluie. Sur fond d'une interminable litanie, évoquant l'agneau, symbole d'une immolation sans cesse recommencée. Commence un road movie à travers Israël puis la Jordanie où la confidentialité du tête-à-tête en voiture incite aux confessions mutuelles. Pour la circonstance, Gitaï use (sinon abuse) d'images “superposées“ où se mêlent le présent et le souvenir du passé, démarche discursive qui éclaire le destin éclaté de ces femmes en proie aux rigueurs de leur temps. La rencontre avec la palestinienne Leïla ajoute une dimension de plus à une confrontation exemplaire où l'hostilité qu'on aurait imaginée cède la place à une sorte de havre, de parenthèse, à des échanges apaisés, même si les dures lois du commerce ne perdent pas leurs droits. Le dessein de Gitaï était de décrire la naissance puis l'évolution de ces échanges de femmes, davantage sœurs qu'adversaires, dans cette terre préservée des bruits de bottes du voisinage. Il n'est pas sûr qu'il ait parfaitement réussi. Mais le métier accompli du cinéaste fait le reste..

Jacques Agulhon