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Cinéma

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Frozen river

USA, 1h37, 2008

Réalisation : Courtney Hunt - Scénario : Courtney Hunt - Photo : Reed Morano - Musique - Peter Golub, Shalad Ismaily
Interprétation : Melissa Leo, Misty Upham, Charlie McDermott, Mark Boone Junior, Michael O'Keele, Jaz Klaitz, Bernie Littlewolf
Auteur :

Courtney Hunt est américaine. Elle a 43 ans. Après des études de sciences politiques à Paris, puis de droit aux Etats-Unis, elle obtient sa licence d'avocat et aide son mari, avocat pénaliste. Intègre sur le tard une école de cinéma. Frozen River est son premier long métrage, réalisé avec peu de moyens. Ce film a obtenu le grand prix du Festival de Sundance en 2008 et le prix de la meilleure actrice pour Melissa Leo au Festival de San Sabastian en 2008.

Résumé :

Ray vit dans une caravane avec ses deux fils, et se retrouve seule à subvenir aux besoins de la famille, à la suite du départ de son mari. Pour survivre elle se lance dans le trafic de clandestins, avec Lila, une jeune indienne Mohawk. La rivière gelée qui les sépare du Canada sera le chemin à prendre pour cette entreprise.

Analyse :

Un lent travelling partant des pieds nus de Ray monte progressivement jusqu'à son visage, épuisé et triste, regardant la boîte à gants, vide, de sa voiture. Et des larmes coulent de ses joues. Cette première scène nous fait d'emblée rentrer dans l'univers de pauvreté, de précarité et d'incertitude sur le lendemain, dans lequel va baigner tout le film. Mais la misère de Ray (privée de ses économies dérobées par son mari dans la boîte à gants) va en rencontrer d'autres : celle de Lila, jeune indienne veuve et privée de son bébé que sa belle-mère a pris en charge ; celle des clandestins qui cherchent à entrer aux USA en franchissant la rivière gelée qui sert de frontière avec le Canada. Et Ray va se révéler, en contraste avec la première image, déterminée à en sortir, quitte à jouer sur la misère des autres pour essayer justement d'échapper à la sienne.
Ces personnages qui semblent très durs dans certaines scènes se révèleront peu à peu plus humains, au fur et à mesure que leur carapace, faite de résistance à l'adversité, va se fendiller, à la découverte de la misère des autres et de leur égale détermination à y échapper. Ils découvrent en même temps leur capacité à entrer en solidarité avec eux.
La force de ce film est de ne pas chercher à démontrer mais simplement de suggérer : on voit progressivement Ray découvrir combien sa complice de trafic est en souffrance, et impuissante par rapport à la réalisation de son rêve maternel. Et c'est toujours par les enfants et pour eux que s'humanisent ces femmes. Ray fait tout pour dissimuler à son jeune fils la situation désastreuse dans laquelle se trouve la famille. Lila fait tout pour récupérer son enfant. Ray et Lila feront tout pour récupérer le bébé des clandestins qu'elles ont convoyés.
Il est très significatif que la dernière scène, qui se passe au même endroit que la première, mais ensoleillée cette fois, nous montre un manège de fortune rassemblant les trois enfants dans un tournoiement joyeux.

Maguy Chailley