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Cinéma

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Gabrielle

Film français, italien - 1h 30min - 2005

Réalisation : Patrice Chéreau et Anne-Louise Trividic ; Directeur photographie : Éric Gautier - Décors : Olivier Radot ; Son : Benoît Hillebrant - Musique : Fabio Vacchi ; Production : Azor Films, Arte France Cinéma, StudioCanal, Love Streams Productions.
Interprétation : Isabelle Huppert (Gabrielle), Pascal Greggory (Jean Hervey), Claudia Colli (Yvonne), Thierry Hancisse (le rédacteur en chef)
Auteur :

Metteur en scène prestigieux de pièces de théâtre, Chéreau porte au cinéma un intérêt marqué, sinon passionné (comme Visconti). Son premier film « La chair de l’orchidée » date de 1974. C’est avec « La Reine Margot » (1994) et surtout « Intimité »(2000) et « Son frère »(2003) qu’il s’affirme comme un cinéaste majeur.

Résumé :

Adaptée d’une nouvelle de Joseph Conrad ,« Le retour », c’est l’histoire d’une femme du grand monde, qui quitte son mari et revient le jour même. Quelles sont les motivations de son départ, qui déstabilisent tant son mari, Jean, et surtout pourquoi revient-elle le jour même ? Ce « retour »accentue le désespoir de son mari, qui voit s’écrouler sa vie entière, basée sur l’apparence et la possession « bourgeoises » !

Analyse :

Il est évident que Chéreau affirme son génie de la mise en scène de deux personnages qui s’affrontent dans leur délire existentiel. C’est cela qui faisait le charme et l’attraction de ses deux précédents films : « Intimité » et « Son frère ». Ici, encore, nous retrouvons le huis clos et c’est le déferlement passionnel entre le mari trompé et abandonné, puis confronté à la parole sèche de vérité brûlante de celle qu’il croyait être « sa » femme. L’homme, admirablement interprété par Pascal Gréggory, va s’entendre dire, alors qu’il parle, interroge, fait les réponses : « si j’avais pensé une seconde que vous m’aimiez, jamais je ne serais revenue ». Et Chéreau ne s’est pas contenté de « faire du théâtre » à partir cette étrange nouvelle de Joseph Conrad (étrange dans l’œuvre de Conrad ouvert sur les grands espaces maritimes ou terrestres), il nous donne à voir un film qui emprunte au muet la présentation d’intertitres. Parfois l’intensité de la scène vient du fait que le titre remplace une phrase de dialogue, comme : « restez ! » ou « Je me suis dit que vous alliez m’aider ».

Le drame se déroule et c’est une sorte de fascination qui s’empare du spectateur. Isabelle Huppert nous subjugue dans ce rôle de femme non aimée. Elle devient cinglante et sans concession dans l’affirmation de la vérité de leur couple : le désamour. Et Jean, devant une telle force, se montre très vulnérable. Seule la fuite s’offre à lui. Et c’est comme un suicide.

Il faut aussi parler de la musique composée par Fabio Vacchi. Ce n’est pas une musique de film, mais une véritable composition symphonique qui participe étroitement au drame du couple qui se défait. Musique contemporaine et lyrique. On pense aux grandes fresques musicales de Bernard Herrmann, comme dans « Vertigo », à la différence toutefois que la musique de Vacchi se déroule sans leitmotiv, comme une sorte de torrent de lave.

Et que dire du décor et du travail évident sur le type de lumière, les couleurs, l’utilisation du noir et blanc !

Pour qui oserait encore en douter, Chéreau est un grand cinéaste.

Alain Le Goanvic