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Cinéma

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                  France, Suisse, Belgique – 2008 - 1h37

Réalisation :

Réalisation : Ursula Meier - Scénario : U. Meier, A. Jaccoud, R. Valbrunne, G. Taurand, Lorelle - Image : Agnès Godard - Montage : Susanna Rossberg - Son : Luc Versin - Production : Alfandari, Treyd, Tatti, Spicher , Delcampe.

Interprétation : Isabelle Huppert (Maman), Olivier Gourmet (Papa), Adelaïde Leroux (Marion), Madeleine Budd (Judith), Kacey Mottet Klein (le garçon)
Auteur :

Avec « Home » (Semaine de la Critique Cannes 2008), la jeune cinéaste, ancienne assistante d’Alain Tanner, signe son premier long -métrage.

Résumé :
Au milieu d’une campagne calme et désertique s’étend à perte de vue une autoroute inactive, laissée à l’abandon depuis sa construction. Au bord du bitume, à quelques mètres seulement des barrières de sécurité, se trouve une maison isolée dans laquelle vit une famille. Les travaux vont reprendre et la radio annonce l’ouverture prochaine de l’autoroute à la circulation. Alors commence le siège.
Analyse :

Tout repose sur une idée originale pouvant s’exprimer comme un théorème : si au bord d’une maison paisible à la campagne, où vit une famille heureuse et unie, on introduit un axe autoroutier en pleine activité, voici ce qu’il se passe… Deux grands acteurs: Huppert et Gourmet, plus trois jeunes (deux filles ados et un jeune garçon) jouant les enfants du couple, vont nous révéler la névrose latente de cette famille sympathique…
Avant l’arrivée des monstres automobiles, la vie est agréable, l’atmosphère est enjouée. Grande proximité des corps, tout le monde fait ensemble sa toilette… la mère, reste habillée, mais couvre les autres de son regard bienveillant. On rit, on sourit. On joue dans le « jardin »! Après l’achèvement des travaux, l’autoroute devient un personnage de l’action. Une bande sonore très travaillée nous fait goûter la pire horreur des bruits qui en émanent. La famille croit pouvoir s’adapter : elle fait semblant de ne pas voir le danger de son éclatement, intérieur et extérieur. Le départ mystérieux de Judith, la grande fille, est bien vite entériné. Il est vrai qu’elle vivait très à part dans la famille.
Les images d’Agnès Godard, avec beaucoup de cadres dans le cadre, et un jeu très étudié des couleurs (par exemple, la maison grisâtre, le champ jaune paille, l’intérieur clinquant de la cuisine), nous font assister à cette lente dégradation. Le père plane dans l’inconscience de la portée des évènements. Déconstruction des esprits, peu à peu vient l’ombre de la démence (les regards de la mère, les convulsions du fils). Le monde « moderne » induit l’inhumanité, la perte des repères (seul le pique-nique loin de l’autoroute permet une respiration !). La famille est condamnée à l’enfermement dans cette maison devenue bunker. Un air de Bach ou de Brahms, des airs de easy rock ne suffisent pas à détendre. Frappante est l’importance de la mère, pourtant d’apparence effacée : elle est le pivot de la famille. Son obstination - ne pas partir, rester dans « sa » maison - fait glisser le groupe dans une folie progressive et inéluctable. Mais c’est elle qui ouvrira la brèche salutaire.
On pense à Week End (Godard), à « L’ange exterminateur » (Bunuel). Ce premier film est prometteur!

Alain La Goanvic