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Cinéma

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Honor de cavalleria

Espagne 2006 1h50

Réalisation :
Réalisateur ; Albert Serra ; Scénario : Albert Serra d’après Miguel de Cervantès ; Image : Christoph Farnarier, Eduard Grau ; Son : Jordan Pons, Jordi Ribas. Musique : Ferrant Font ; Montage : Angel Martin ; Production : Andergraun Films, Eddi Saeta et Notro Films. (Producteur :Albert Serra) ; Distribution : Capricci Films
Interprétation : Lluis Carbo (Don Quichotte), Lluis Serrat (Sancho Pança)
Auteur :
Après un court métrage musical en 2003 Crespia the film not the village dont Lluis Carbo était le personnage principal, ce film est le premier long métrage de ce catalan de 31 ans. Il a fait sensation dans la sélection officielle de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Sélectionné hors compétition aux « Premiers plans » à Angers, il a été primé aux festivals de Vienne, Belfort, Turin, Mar del Plata. Très sensible à l’attention portée au quotidien par un Ozu, Albert Serra se réclame, qu’il s’agisse de sa thématique métaphysique au sein de la nature ou du travail avec des acteurs non professionnels, du Bresson de Lancelot du lac et de la tradition de Pasolini et d’Olmi.
Résumé :

Guidés par le hasard, Don Quichotte et Sancho Pança poursuivent jour et nuit leur voyage à la recherche d’aventures. Ils chevauchent à travers champs, ils bivouaquent à la belle étoile, guettant un ennemi invisible, conversant sur des sujets aussi divers que la spiritualité, la Chevalerie, ou simplement la vie quotidienne. Un lien d'amitié de plus en plus fort les unit. 

Analyse :
Austère et conceptuelle mais paradoxalement rayonnante, cette œuvre est dénuée de tout souci narratif. Ce film sur l’idéalisme, -qui paraîtra à certains expérimental et quasi abstrait malgré sa beauté formelle et sa force spirituelle-, déploie une ample litanie panthéiste et minimaliste dans une atmosphère contemplative et mystique. Immergés dans une nature primordiale et intemporelle à la présence envahissante, le Quichotte et Sancho en errance, inscrits dans tous les plans sauf le dernier, et très souvent filmés à travers de hautes herbes, prennent soin l’un de l’autre naïvement et tendrement. Grâce aux images et au delà des images, -ou, selon la belle expression d’Abel Gance, par « l’âme des images »-, le cinéaste nous rend sensible la dignité humaine de la chevalerie, par delà le ridicule de l’exaltation et de la démesure de la pensée du Quichotte, -écartelé entre la réalité de son imaginaire et la réalité de son quotidien. Point d’actions d’éclat ni de hauts faits, - les passages les plus connus du roman ont été délibérément écartés et la plupart des séquences inventées ou adaptées d’autres ouvrages. A l’affût du monde, les deux hommes, sur leur monture ou à ses côtés, hantent prairies et forêts, s’enivrent de vent, et l’eau de la rivière renouvelle leur baptême dans une séquence éblouissante de beauté. Ils cheminent, mangent, dorment, et se livrent à de rares échanges quand le maître interpelle grondeusement son homme lige dont la lourde enveloppe et l’esprit obtus font obstacle à sa quête d’Idéal, mais auquel il témoigne comme à son plus proche prochain une touchante sollicitude. Le parti pris de filmer en lumière naturelle, la splendeur des longs plans-séquences et des silencieux plans fixes méditatifs escortés des seuls bruits de la nature directement recueillis au travers d’une bande son très naturaliste - l’omniprésence du vent de tramontane, les cigales- accentuent la poésie d’une œuvre puissamment originale. (Jean-Michel Zucker)