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Cinéma

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Il y a longtemps que je t'aime

France 2008 1h55

Réalisation :
Réalisation : Philippe Claudel - Scénario : Philippe Claudel - Musique : Jean-Louis Aubert - Photographie : Jérôme Alméras - Production : Yves Marmion
Interprétation : Kristin Scott Thomas (Juliette Fontaine), Elisa Zylberstein (Léa, soeur de Juliette), Serge Hazanavicius (Luc, le mari de Léa), Laurent Grévill (Michel, collègue de Léa), Frédéric Pierrot (le capitaine Fauré).
Auteur :

Philippe Claudel est né en 1962 en Meurthe et Moselle. Agrégé de français, maître de conférences à l'université de Nancy, il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audio-Visuel. Il est jusqu'ici surtout connu pour son oeuvre romanesque dont "Les âmes grises" (2003), "La petite fille de Monsieur Linh" (2005), "Le rapport de Brodeck" (2007). "Il y a longtemps que je t'aime" est son premier long métrage. Ce film a obtenu le prix du jury oecuménique au Festival de Berlin

Résumé :

Après 15 ans passés en prison, Juliette retrouve à Nancy sa soeur, Léa, chez laquelle elle tente de reprendre pied dans la vie "normale". Léa, mariée avec 2 enfants, est prête à l'accueillir sans lui demander de comptes mais l'entourage est plus réticent. Peu à peu Juliette s'insère dans la vie professionnelle et sociale, mais son passé continue de peser....

Analyse :

Philippe Claudel a été enseignant en prison pendant de longues années et cette expérience l'a sans doute marqué, comme il le fait dire à Michel, ce collègue de Léa qui devine peu à peu le secret de Juliette (sobrement et subtilement joué par Kristin Scott Thomas). Et sur cette problématique, le film est bien mené : il nous fait comprendre combien un prisonnier libéré (et encore sous contrôle judiciaire) traîne encore comme un boulet cette peine qui est soit-disant terminée. Employeurs réticents ou accusateurs, famille méfiante, relations excitées par la curiosité, tout concourt à rejeter sans cesse Juliette hors de la vie "normale" dans laquelle elle tente de reprendre pied. Et encore peut-on dire que Juliette a de la chance : une soeur l'accueille. La thématique de la solidarité familiale est abordée à travers la question de savoir si Léa a "abandonné" Juliette pendant ces 15 années de prison ou si elle a, malgré les pressions familiales, continué à penser à elle et à espérer son retour. Ce qui domine le film c'est l'idée qu'il faut savoir attendre : Léa se refuse à harceler sa soeur de questions sur ces années de réclusion mais surtout sur son crime. Elle préfère favoriser le retour progressif à des souvenirs de ce qui faisait, autrefois, leur complicité. Et c'est par l'intermédiaire de la fille de Léa, apprenant avec Juliette à jouer au piano "Il y a longtemps que je t'aime", que se renoueront ces liens.
Des personnages secondaires plein d'humanité, comme Michel, portant lui aussi un lourd secret et qui sait dire à Juliette des mots qu'elle accepte. Le capitaine Fauré, chargé du suivi judiciaire de Juliette, qui lui parle de ses rêves de départ vers l'Orénoque, et dont elle ne comprendra pas la détresse. Le grand-père, muet, mais dont le regard et les gestes sont très éloquents.
Il est regrettable que la fin du film fasse basculer Juliette dans le camp des "faux coupables" ou des coupables "à moitié" en abordant une nouvelle thématique, celle de l'euthanasie. Ceci enlève une partie de sa force à tout ce qui précède. Car beaucoup de ceux qui sortent de prison et rencontrent ces difficultés de réinsertion, ne peuvent se prévaloir de crimes bénéficiant d'une telle indulgence sociale.
Malgré des scènes trop convenues (le week-end à la campagne entre amis, la visite au zoo, l'intervention de Juliette sur l'épaule démise de Luc...) ce film a le mérite d'aborder des problèmes contemporains importants et de nous faire réfléchir à leur sujet.

Maguy Chailley