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Cinéma

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Inland

Algérie/France, 2008, 2h18
(Festival de Venise 2008- Prix Fipresci)

Réalisation : Tariq Teguia - Scénario : Tarik et Yacine Teguia - Image : Nasser Medjkane, Hacène Aït Kaci - Son : Matthieu Perrot, Kamel Fergani - Musique : Mensui d' Ines Rose Djakou - Montage : Rodolphe Molla, Andrée Davanture - Production : Yacine et Tarik Teguia (Neffa Films) - Coproduction : Le Fresnoy, Ciné@, Captures
Interprétation : Abdelkader Affak (Malek), Ines Rose Djakou (la fille), Ahmed Benaïssa (Lakhdar), Kouider Medjahed (Kouider)
Auteur :

Tariq Teguia est né en 1966 à Alger. Après des études de Philosophie et d'Arts plastiques il devient photographe de journal, puis mène des recherches photographiques personnelles. De 1996 à 2002, il réalise des courts-métrages. En 2006, il réalise son premier long-métrage Rome plutôt que vous.

Résumé :

Alors qu'il vit en quasi reclus, Malek, un topographe, accepte sur l'insistance de son ami Lakhdar, une mission dans une région de l'Ouest algérien : faire les tracés d'une nouvelle ligne électrique devant alimenter des hameaux enclavés des monts Daïa, zone terrorisée, il y a une décennie, par le Groupe Islamiste Armé (GIA).

Analyse :

Le titre l'annonce, c'est l'histoire d'une navigation au sein d'un pays, celui du réalisateur. Il nous donne à ressentir les sensations d'un espace redécouvert, celui d'une steppe de rocailles, de terres rouge et de quelques arbres. Images floues de lever ou de coucher de soleil, pas ou peu d'horizon, pas de ciel bleu. Tout est gris, beige, saturé. Parfois,de belles images en couleur, des cadrages précis. Vrombissements d'un moteur. Les travellings viennent de la progression du véhicule de l'arpenteur au visage triste, tragique même. C'est le désert.
Le cinéaste nous invite à un Voyage particulier... Il y a du contemplatif à cause de la longueur des séquences, sans musique, sans paroles, avec les sons du monde. Un groupe d'hommes et de femmes discutent autour d'une table, ils parlent l'algérien, mélange d'arabe dialectal et de français. Leurs sujets : la démocratie, la vie, la liberté, la relation masculin-féminin... Malek travaille à mesurer l'espace ; il est question de réaliser le vieux projet d'une ligne électrique. Dans ce pays, qui sort d'une terrible guerre avec le GIA, groupe terroriste anti-gouvernemental, quels sont les repères nouveaux ? Quelle approche faire de l'inland, territoire national, l'intérieur du pays, de la nation ?... N'est-ce pas, par définition, inatteignable ?
Le point d'appui du scénario est la rencontre avec une jeune femme noire, membre d'un groupe de clandestins du Mali ou du Sénégal, pourchassés par la police. Les autres sont prisonniers ou morts. Malek ne peut communiquer qu'en anglais, elle ne lui dit pas son nom. Il imagine qu'elle veut passer la frontière marocaine, il la conduit, change son véhicule en panne contre une petite moto. Et c'est à nouveau le road movie. Le responsable de la mission se met à leur poursuite, les autorités sont au courant, Malek et la fille courent un réel danger. Mais, le film ne tourne jamais à une quelconque histoire policière. Au contraire il devient de plus en plus abstrait, métaphysique. La fille, en fait, veut retourner dans son pays, vaguement désigné du doigt sur la carte. Elle marche, seule, suivie de loin par Malek, et tout devient surexposé. L'image d'un grand brouillard de lumière nous signifie la fin du film, alors que se développe la mélopée arabe.

Alain Le Goanvic