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Cinéma

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It’s a free world

Angleterre 2007 ; durée : 1H33

Réalisation :
Scénario : Paul Laverty. Réalisation : Ken Loach. Image : Nigel Willoughby. Montage : Jonathan Morris. Prod. : Sixteen films. Distr. : Diaphana distribution.
Interprétation : Kierston Wareing (Angie), Juliet Elis (Rose), Leslaw Zurek (Karol), Joe Siffleet (Jamie), Colin Coughlin (Geoff), Frank Gilhooley (Derek), David Doyle (Tony)
Auteur :

Réalisateur anglais, né en 1936, cela fait plus de trente ans que Ken Loach consacre sa carrière à la défense des faibles, des marginaux, des opprimés, des exploités, qu’il s’agisse d’individus comme dans Family Life (1972), Raining Stones (1993), Ladybird (1994), ou Sweet Sixteen (2002) ou de collectivités comme dans Carlas’ Song (1996), Bread and Roses (2000) ou The Navigators (2001). Si la plupart de ses films se situent à l’époque contemporaine, on peut toutefois noter plusieurs exceptions importantes : ainsi, Land and Freedom (1995) se déroule en Espagne, pendant la guerre entre franquistes et républicains, tandis que le tout récent Le vent se lève (2006) retrace le combat des Irlandais pour se libérer du joug anglais.

Résumé :

Alors qu’elle rentre d’une mission de recrutement à Katowice, Angie est licenciée par le bureau d’offres d’emplois dont elle est une des salariées. Elle décide alors de créer à Londres sa propre agence d’intérim avec une amie, Rose, et de puiser sa main-d’œuvre dans un vivier qu’elle connaît bien : les immigrés. Ceux en situation régulière d’abord. Puis les autres, les clandestins, moins exigeants, moins rétifs, plus corvéables à merci.

Analyse :

L’exploitation des immigrés par des agences de recrutement qui louent à bas prix leur force de travail est le sujet principal de ce nouveau film de Ken Loach. Il y retrouve avec une grande force d’inspiration le terrain des luttes sociales et de la défense des opprimés.
Ceci dit, It’s a free world n’est pas un film en noir et blanc, les exploités d’un côté, les exploiteurs de l’autre. Il serait plutôt tout en noir, tout en ombre, avec parfois un rayon de lumière entre deux nuages qui se referment aussitôt et l’éteignent. C’est tout le talent de Ken Loach et de son actrice — Kierston Wareing — d’avoir fait de Angie (33 ans, blonde, belle, énergique, dure, mère célibataire qui veut s’en sortir, fille d’ouvrier qui refuse de finir pauvre comme son père et qui est prête à tout pour cela) un personnage qui n’attire sans doute ni la sympathie ni l’approbation, mais dont on saisit la logique de l’implacable cheminement et qui est l’incarnation d’un système. Un système régi par une compétitivité impitoyable, et dans lequel, pour se sauver de la noyade, il faut enfoncer sous l’eau la tête du voisin. Un système où vendre du travail est un commerce comme un autre et où l’immigré, privé de « visage », n’est plus qu’un fournisseur d’heures mal (ou pas du tout) payées. Avec toujours la même justification : les autres font pareil !
A l’heure où la Fédération protestante de France vient de s’associer à l’appel de la Cimade contre un projet européen visant à durcir les conditions de rétention et d’expulsion des immigrés, ce film de Ken Loach est un coup de projecteur terriblement éclairant sur un aspect du dossier.

Jean Lods