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Cinéma

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J'ai vu tuer Ben Barka

français - 1h41

Réalisation : Serge Le Péron ; Scénario : Serge Le Péron, Frédéric Moreau, Saïd Smihi
Interprétation : Charles Berling (Figon), Simon Abkarian (Ben Barka), Josiane Balasko (Marguerite Duras), Jean-Pierre Léaud (Franju), Fabienne Babe (Anne-Marie Coffinet), Mathieu Amalric (Bernier), Fayçal Khyari (Oufkir).
Auteur :

Serge Le Péron. Après une jeunesse militante, en pleine ébullition post-Mai 68, au cours de laquelle il réalise des films sur les grèves et les conflits dans les usines, Serge Le Péron intègre la rédaction des Cahiers du Cinéma où il écrira pendant une dizaine d'années.

Il réalise son premier long métrage en 1984 ,"Laisse Béton", puis se consacre à la réalisation de documentaires et de reportages pour le petit écran. Il revient à la fiction à partir de 2000 avec "L'affaire Marcorelle". Dans son troisième long métrage, "J'ai vu tuer Ben Barka", on retrouve les deux marottes du réalisateur : la politique et la cinéphilie.

Résumé :

Figon, repris de justice se rêve producteur d'un documentaire sur la décolonisation. Des contacts français et marocains sont pris avec lui pour qu'ils sollicite Ben Barka comme conseiller historique de cette réalisation. Franju serait le réalisateur et Marguerite Duras, scénariste. Mais derrière ce vrai-faux projet de film s'agitent les services secrets marocains. La machine est en route pour aboutir à l'enlèvement puis l'assassinat de Ben Barka. Figon lui-même, sera "suicidé" sans doute pour avoir fait des révélations compromettantes à la presse.

Analyse :

C'est sur un style de polar noir que se déroule ce récit découpé en trois parties qui fonctionnent par retours en arrière, permettant malgré tout à Figon, retrouvé mort dès le début du film, de retracer pour nous cette affaire compliquée où l'on ne sait pas toujours s'il est acteur ou jouet. Sur fond de jazz, entre Quartier latin et banlieue, nous voyons évoluer ce truand mythomane, copain des barbouzes, de la pègre et des milieux littéraires. Le caractère fictionnel de ce film ne l'empêche pas de fonctionner comme une reconstitution habile et très documentée car s'appuyant sur les minutes de procès, des ouvrages parus depuis 1966 et sur des témoignages de français et d'étrangers. L'utilisation d'images d'archives (la Une de France Soir sur l'enlèvement de Ben Barka, les déclarations de de Gaulle sur "l'affaire" et la responsabilité des services secrets français), tout concourt à nous faire entrer dans cette machinerie avec beaucoup de crédibilité. Les acteurs sont convaincants, aussi bien Jean-Pierre Léaud dans le rôle de Franju que Josiane Balasko dans celui de Marguerite Duras. Mais celui qui tient le film sur ses épaules, de bout en bout, c'est Charles Berling, dans le rôle de Figon, petit aventurier hâbleur, qui accepte le rôle d'appât pour faire tomber Ben Barka entre les mains des sbires du général Oufkir. Tout en usant très habilement des ficelles du film de genre, Serge Le Péron réussit à nous faire comprendre le déroulement d'une affaire dans laquelle se mêlent des protagonistes de tous bords.

Maguy Chailley