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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Je veux voir

franco-libanais 2008 1h15

Réalisation :

Joana Hadjithomas, Khalil Joreige - Scénario et dialogues : Joana Hadjithomas, Khalil Joreige - Photo : Julien Hirsch - Son : Guillaume Lebras, Sylvain Malbrant, Emmanuel Croset - Montage : Enrica Gattolini - Musique : Scrambled Eggs - Production : Mille et Une productions

Interprétation :

Catherine Deneuve, Rabih Mroué, chacun dans leur propre rôle.

Auteur :

Joana Hadjithomas et Khalil Joreige sont de nationalité libanaise. Ils sont nés en 1969 à Beyrouth. Ils sont à la fois cinéastes et plasticiens. Ils enseignent à l’université de Beyrouth. Leurs courts métrages étaient cosignés, leurs documentaires aussi ainsi que leurs recherches dans les arts plastiques, dont on pourra voir un témoignage à partir du 11 décembre au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, et il en va désormais de même pour leurs longs métrages. Khalil Joreige a déjà réalisé "Autour de la maison rose" (1999) et "A perfect day" (2006). Un thème récurrent dans leur oeuvre : la mémoire et l'oubli.

Résumé :

Catherine Deneuve est en séjour à Beyrouth, pour le tournage d’un film et un gala de bienfaisance. Derrière les vitres d’un immeuble de la capitale, elle répète aux réalisateurs qu’elle veut voir. Elle veut voir le pays, miné par les guerres, dont la toute dernière, « encore fraîche », celle de 2006. Ils ont la journée, quelques heures avant le gala du soir, pour montrer à la star, à l’icône, à la femme, un peu de leur terre. Celle-ci monte en voiture avec l’acteur Rabih Mroué, qui profite du voyage pour aller voir au sud son village d’origine, que sa grand-mère a quitté avec les bombardements. Tous deux font connaissance dans le véhicule, au fil des kilomètres, et il lui donne à voir une part de son pays, de son histoire et de lui-même.

Analyse :

L’affirmation de Catherine Deneuve, "je veux voir", peut nous laisser espérer que ce périple qu’elle entreprend vers le sud Liban nous permettra "de voir". Mais que s'agit-il de voir ? Le peu que les images du film nous montrent (un village en ruine, des bulldozers repoussant à la mer les débris d’immeubles détruits) est submergé par le futile d’une vedette fumant cigarette sur cigarette, s’inquiétant de manière obsessionnelle du port de la ceinture de sécurité par son chauffeur, paradant dans une réception officielle à Beyrouth. Son visage omni présent, filmé directement ou à travers le pare-brise de la voiture, occulte le propos annoncé. Hélas ! le Liban ravagé par la guerre méritait un traitement moins mondain. Les réalisateurs semblent s'intéresser plus au dispositif de tournage qu'au sujet traité. Et l'on s'aperçoit que ce film, qui se présente comme un documentaire, ne nous documente en rien ni sur le Liban ni sur sa situation juste après la guerre de 2006. Alors que "Sous les bombes" (de Philippe Aractingi), dont nous avons parlé lors de sa sortie au printemps dernier (cf. fiche sur ce même site), traitait ce même sujet à travers une fiction beaucoup plus convaincante et révélatrice. Si l'on s'intéresse au Liban c'est donc ce dernier film qu'il faut aller voir ou revoir.

Maguy Chailley