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Cinéma

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L’immeuble Yacoubian

Egyptien 2H52 min

Réalisation :
Réalisation : Marwan Hamed ; Scénario : Wahid Hamed, à partir du roman éponyme d’Alaa El Aswany qui a connu un succès phénoménal dans tout le Proche Orient en 2002. (Le livre est paru en janvier 2006 en français aux Editions Actes Sud) ; Distribution en France : BAC films.
Interprétation :
Les trois acteurs principaux Adel Iman, Khaled El Sawy et Nour El Sheriff (l’Avéroès du Destin de Youssef Chahine) ont obtenu collectivement le prix d’interprétation masculine à la 8ème biennale des films arabes de l’IMA à Paris. Adel Iman, acteur célèbre en Egypte, est qualifié de Charlie Chaplin pour son jeu très riche mais aussi pour ses engagements humanistes.
Auteur :
Marwan HAMED est un jeune réalisateur égyptien de 29 ans, ancien étudiant à l’Institut du Cinéma du Caire, qui s’est fait connaître avec des films publicitaires, 3 documentaires et 2 courts métrages dont Lili qui a été primé en 2001. L’Immeuble Yacoubian est son premier long métrage. Ce film vient de remporter le Grand Prix de l’IMA et l’aide IMA à la distribution, lors de la 8ème biennale des cinémas arabes (du 22 au 30 juillet à Paris).
Résumé :

Dans les étages de l’Immeuble Yacoubian résident trois grands sujets qui fâchent dans l’Egypte d’aujourd’hui : la corruption politique, l’homosexualité et l’islamisme. Dans cette société contemporaine égyptienne des femmes se battent pour leur dignité et d’autres pour leur survie tandis qu’une jeunesse masculine, mal considérée et mise sur la touche, verse dans l’extrémisme religieux, seule organisation qui s’intéresse à elle et seule oreille qui lui présente un avenir.

Analyse :

L'Immeuble Yacoubian est basé sur un roman d' Alaa El Aswany. Si 20 ans séparent l'homme de lettres de l'homme d'images, ils partagent la même inquiétude sur la situation de leur pays. L'Egypte francophile, large d'esprit, cosmopolite et humaniste disparaît petit à petit et est supplantée par une équipe de corrompus, de loups avides de pouvoir et de dollars, ou encore de fanatiques religieux, manipulateurs et meurtriers. Le pays a bien changé depuis la révolution de Nasser (une habile introduction en noir et blanc nous aide à parcourir quelques étapes de l'histoire récente du pays). Quant aux femmes, soit elles emboîtent le pas sur l'ambition et la mesquinerie masculines, soit elles se louent ou se vendent, ou bien elles tentent avec toutes les difficultés du monde, de garder une certaine dignité.
Dans une mise en scène très classique, le film fait s'entrecroiser des "figures" variées : un pacha vieillissant, un ancien cordonnier enrichi qui se lance dans la politique, un journaliste homosexuel, un commerçant copte obsédé par l'argent, une jeune fille en charge de sa famille qui cherche à garder son honnêteté, un jeune homme qui vire à l'islamisme après avoir été refusé dans la police. Ces entrecroisements sont assez habilement construits et l'on supporte sans mal la longueur du film grâce à laquelle sans doute on arrive à sentir l'épaisseur de ces personnages. Mais la musique qui ponctue chaque séquence le fait avec une certaine lourdeur.

Du fait des sujets de société traités dans le film, le même scandale qu'à la sortie du livre se répand au Caire à la sortie du film. Mais en consultant les programmes des salles de cinéma de cette ville, L'Immeuble Yacoubian sorti en juin en Egypte est encore à l'affiche dans plus de la moitié d'entre elles ! On peut supposer que ce succès correspond à une prise de conscience du bien-fondé de ces descriptions. (Corine Rochesson - Maguy Chailley)