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Cinéma

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L'homme qui marche

L'homme qui marche

France, 2007,1h22

Réalisation :

Aurélia Georges Scénario : Aurélia Georges et Elodie Monlibert - Image : Hélène Louvart - Son : Laurent Gabiot - Montage : Jean-Christophe Hym - Décors : Eric Barboza - Costumes Nathalie Raoul - Musique originale : Arnaud Sallé - Production : Château-Rouge, Cédric Walter -  Distribution : Shellac avec le soutien de l’ACID et du GNCR.

Interprétation :

Cesar Sarachu (Viktor Atemian), John Arnold (Daniel), Mireille Perrier (Liliane), Florence Loiret (Edwige), Judith Henry (Irène), Mirglen Mirtchev (Misha), Gilles David (l’éditeur), Françoise Meunier (Catherine)

Auteur :

Née en 1973, Aurélia Georges est issue de la Fémis où elle réalise deux documentaires et cinq courts métrages de fiction dont Sur la pente présenté à Angers en 2002. Assistante de production, collaboratrice de la revue L’art du Cinéma, elle a été membre de l’équipe de sélection de la Quinzaine des réalisateurs.

Résumé :

Au milieu des années 70, un photographe fait la connaissance d’un homme émacié et ténébreux à la silhouette filiforme, au visage d’oiseau de proie. Fasciné par lui, il va  suivre   cet homme qui, possédé du désir d’écriture, va rencontrer un bref succès médiatique puis traverser des années de désert parisien pour mourir de faim dans la rue à la fin des années 90 . Cette histoire est très librement inspirée de celle de Vladimir Slepian, auteur d’un seul ouvrage, Fils de chien, publié aux Editions de Minuit en 1974.

Analyse :

La force attachante de ce premier long métrage résulte d’une double rencontre, celle des traces éparses  dans le souvenir de ceux qui l’ont côtoyé de  la destinée romanesque d’un  marginal d’origine russe,  et celle d’un très singulier acteur espagnol, auquel l’élégante raideur de son mince  physique, son élocution lente et posée et la mélancolie misanthropique  de son comportement confèrent un caractère à la fois burlesque et d’inquiétante étrangeté.
Viktor ne sait pas où il va,  mais il y va, comme son frère profilé par Giacometti.
Aimanté par la Rive gauche, qui alimente sa fuite du réel dans l’écriture, il traverse en décalé, en dépaysé, un Paris qui, en raccourci, sur plus de 20 ans, est signifié, loin de toute intention de reconstitution,  par des images emblématiques qui sont autant de réminiscences qu’effeuille la réalisatrice : l’ambiance des cafés ou la façade de Lipp, un moment du séminaire de Lacan parmi ses fans, la victoire de la gauche en 1981 et la vanité des discussions politiques dans les soirées chez les bobos,… autant de contrepoints futiles à la tragique dérive mentale de Viktor dont le reflet de  l’éloignement irrémédiable  de ses contemporains culmine dans le regard de son éditeur et de ses auditeurs  mondains lors de la lecture amère et dérisoire de son livre, et dans le jeu de cache-cache rivettien qu’il propose au photographe.
Ce processus d’exclusion, à la fois recherché et subi, n’est-il pas la métaphore du cruel destin de l’artiste voué à l’extinction de sa visibilité et à la disparition ? La variété et la pertinence des cadrages,  la fluidité sans brusquerie des mouvements de la caméra, et un montage elliptique  très maîtrisé des épisodes de sa vie épousent, dans le droit fil de la manière d’un Antonioni, l’histoire lacunaire d’un être de solitude en en préservant à la fois l’incompréhensible mystère et la richesse du sens.

Jean-Michel Zucker