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Cinéma

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Affiche du film la fille coupée en deux

La fille coupée en deux

Liban/France – 1h37
Sélection Quinzaine des Réalisateurs – Cannes 2007

Réalisation et montage :

Mise en scène: Claude Chabrol – Scénario : C. Chabrol et Cécile Maistre - Images : Eduardo Serra - Montage : Monique Fardoulis ; Décors : Françoise Benoit-Fresco - Musique : Mathieu Chabrol ; Production : Patrick Godeau – Distribution : Wild Bunch

Interprétation :

Ludivine Sagnier (Gabrielle Deneige) – François Berléand ( Charles Saint-Denis) – Benoît Magimel (Paul Gaudens)- Mathilda May ( Capucine Jamet) –Maria Cavalli ( Dona Saint-Denis) – Marie Bunel ( Marie Deneige)- Caroline Sihol (Geneviève Gaudens)

Auteur :

Chabrol, un des chefs de file de la Nouvelle Vague, est un des rares cinéastes à avoir réalisé plus de 50 films (il y a aussi Hitchcock!). Trois périodes : la Nouvelle Vague jusqu’en 1963,  puis celle du “cinéma commercial” jusqu’au début des années 70, et à partir du chef d’oeuvre “Que la bête meure”, Chabrol réalise des films importants, mais inégaux, pour aborder dès 1991, des thèmes plus centrés sur la dénonciation de l’hypocrisie “bourgeoise”: “La cérémonie”(1995), “Merci pour le chocolat” (2000),”La fleur du mal”(2003), “La demoiselle d’honneur” (2004). Malgré les répétitions (Chabrol ferait du “Chabrol”?), ce cinéaste a le don de nous épater!

Résumé :

Une jeune femme, présentatrice de télé, qui veut réussir dans la vie, et dont le rayonnement séduit ceux qui l’entourent, s’éprend d’un écrivain prestigieux et pervers. Finalement elle épouse un jeune milliardaire, déséquilibré et fantasque. Mais elle reste étrangement liée à son amant peu fiable.

Analyse :

Avec quel raffinement Chabrol nous décrit le monde où vit la belle Gabrielle, trop belle et certainement trop innocente, malgré l’ambition qui la porte ! Elle inspire le désir et la concupiscence, pourtant elle va apparaître amoureuse et très attachée à son amant, de trente ans plus âgé qu’elle. Il y a d’un côté le monde de l’édition et de la télé, gens qui marchent dans le système sans états d’âme. Et de l’autre, celui de la puissante bourgeoisie, qui garde son pouvoir de l’argent et ses secrets inavoués. Inspirée d’un fait divers survenu à New York au début du XXe siècle, l’histoire a déjà été portée à l’écran par Richard Fleischer dans « La fille à la balançoire »(1955). Film « d’une chasteté totale » selon les mots même de Chabrol, le dernier opus du réalisateur a, malgré une certaine froideur de style, le don de nous captiver, de nous intriguer, par la maîtrise de la mise en scène et le choix des acteurs : Berléand toujours aussi ambigu, Mathilda May à la sensualité troublante, Magimel immature et touchant, Caroline Sihol la bourgeoise qui cache un lourd secret, dans sa voix hésitante et presque rauque…
Le monde décrit est celui d’une sexualité cachée, à tel point qu’on peut se demander si la perversité ne vient pas de cette dissimulation totale de l’expression libre et décomplexée des sens ? L’actrice, à certains moments, a des attitudes, des moues, des mouvements du corps qui font penser à Marilyn Monroe, et ce n’est pas un hasard !
Avec les films de Chabrol, on retrouve évidemment la marque indélébile de Hitchcock, par le style ironique et l’art consommé du suspense, mais dans celui-ci on pense plutôt à Woody Allen. Description sans concession, presque cruelle d’un monde qui a perdu ses valeurs (« Match Point »). Mais il y a surtout la surprenante dernière séquence, où l’héroïne va subir un tour de magie, qui devrait la « couper en deux » ! par cette fin, Chabrol semble nous jeter un clin d’œil complice : nous vivons dans un univers truqué !

Alain le Goanvic