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Cinéma

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La capture

Canada/France - 2007 - 92 mn

Réalisation :
Réalisation et scénario: Carole Laure - Dir. Photo : Daniel Jobin - Montage : Véronique Parnet - Musique : Jeff Fischer - Son : Pascal Armant, Louis Collin, Thierry Delor - Production : Capture Film Inc.- Distribution : Films Equinoxe
Interprétation : Catherine De Léan (Rose) - Laurent Lucas (le père) - Pascale Bussières (la mère)
Auteur :

Née à Montréal, Carole Laure est actrice (elle a beaucoup tourné avec Gilles Carles), chanteuse et réalisatrice : Les fils de Marie (2001), Tout près du sol (2003). La capture, son troisième long-métrage, a été présenté au Festival de Locarno en 2007, à la Semaine du Cinéma Québécois à Paris et au Festival de Marrakech.

Résumé :

Rose, vingt ans, a une vie « normale », sort avec ses amis, est amoureuse. Pourtant, elle cache un lourd secret, un passé chargé de violences familiales. Après deux ans d’absence, elle revient à Montréal pour voir sa mère et son frère, mais rien n’a changé. Ils sont toujours terrorisés par le père, qui se montre d’une extrême violence. La jeune fille décide de se révolter, elle veut changer le cours des choses.

Analyse :

On est frappé par le ton très personnel et sincère de ce film. L’actrice, belle femme brune, ressemble à Carole Laure, jeune. Rose semble entamer la plus grande épreuve de force de sa vie contre son père (inquiétant Laurent Lucas, comme il sait l’être de film en film). En effet, avec l’aide de copains, elle réussit à le capturer et le séquestrer dans un appartement, en plein Montréal. Une répétition de « flash-back » permet de prendre la mesure du caractère sadique du père. Il y a des images rêvées, exprimant les fantasmes de Rose (comme le mariage de ses parents, l’hymen se soldant par un viol, la robe de mariée est maculée de sang). Il y a les souvenirs d’enfance, traumatisants. Comment continuer à vivre, en gardant au fond de soi, des douleurs, des blessures irréparables ?
La démarche de Rose est de faire changer son père ! Celui-ci est attaché à un radiateur, il est le plus souvent bâillonné. Elle utilise tous les moyens : l’intimidation, la violence physique, la douceur, la parole raisonnable. Le combat entre le père et la fille atteint certains sommets. Le père apparaît inflexible, tout en étant ébranlé par le comportement de sa fille. Il lui lance : « Tu me ressembles », sorte de reconnaissance empoisonnée. Rose expérimente la violence.
Mais, si touchante et sympathique qu’elle soit, cette lutte semble forcée et vaine. Quant à la mère, elle est par essence une femme soumise et faible, une victime désignée, un peu trop. Et le frère subit aussi les brimades de son employeur…. N’est -ce pas un défi trop lourd pour la jeune Rose : changer les gens contre leur volonté ? Beaucoup de moments de grâce, dans la nature, dans les rues et les cafés, entre Rose et son petit ami. De l’humour, parfois. À la fin, une issue ambiguë.
Le spectateur sort un peu charmé, un peu dubitatif.

Alain Le Goanvic