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Cinéma

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L’Accordeur de tremblements de terre

GB/Allemagne -2005 - 1h39

Réalisation :
Réalisateur ; Stephen et Timothy Quay ; Scénario : les Quay et Alan Passes ; Images : Wic Knowland ; Montage : Simon Laurie ; Musique : Trevor Duncan et Christopher Slaski - Production : Arte – ZDF –Lumen Fims - Producteur exécutif : Terry Gilliam
Interprétation : Amira Casar (Alvina)– Gootfried John (Dr. Droz)– Assumpta Serna (Assumpta) –Cesra Sarachu (Adolfo Blin) – Ljubisa Lupo-Grujcic (Felisberto)
Auteur :
Stephen et Timothy Quay sont jumeaux. Ils se sont distingués dans les films d’animation et des courts-métrages, dont « Rue des crocodiles » (primé plusieurs fois), « Répétitions pour des anatomies défuntes ». Ils sont venus au long-métrage avec « L’Institut Benjamenta »en 1995, œuvre « originale créant une fascination à la limite de l’hypnose » (Jean Tulard) ! Avant le second long-métrage qui nous occupe ici, dix ans sont passés et deux courts -métrages « In absentia », « Phantom Museum ». Diffusion très confidentielle, car ces films sont quasiment inconnus en France !
Résumé :

Emporté par une passion dévorante mais non partagée, le Dr Droz, neurologue méphistophélique et inventeur ayant découvert le secret de la résurrection, veut s’unir à la femme qu’il aime, la belle cantatrice Malvina van Stille. Il la tue, l’enlève, la ressuscite, mais la maintient dans un état de mort apparente. Droz engage un accordeur de piano, Felisberto, pour réviser les automates qu’il a construits sur son île. Felisberto va essayer de sauver Malvina du piège diabolique. En vain. 

Analyse :

Il faut dire tout de suite que ce film contient une référence directe au merveilleux court -métrage de Chris Marker : « La Jetée »(1963), grâce à la musique de Trevor Duncan ici réutilisée de manière magistrale. Autre point commun, le thème est une méditation sur l’amour et sur la mort, sur le bonheur perdu mais peut être retrouvé, sur la transcendance de l’irrémédiable…C’est un film sur l’amour fou !
Les frontières entre rêve et réalité se trouvent gommées ou simplement lointaines. Des images hallucinantes, aux couleurs flamboyantes et sombres ; corps de femme saisi, effleuré, perdu, retrouvé ; corps d’hommes traités comme des marionnettes ; musique d’opéra baroque, mêlée à la mélopée, à la cantilène d’une mélancolie infinie…Et pourtant, quelle joie des sens ! car c’est cela que semblent avoir recherché les frères Quay, par ailleurs grands metteurs en scène de théâtre. Nous ne sommes pas dans un discours sur la vie, la mort, la destinée humaine dans l’angoisse de l’éphémère, je ne sais quoi encore. Ce film fantastique nous plonge dans l’univers de la poésie, où seuls comptent l’harmonie des sons et des couleurs, le rythme des séquences et des plans, les longs fondu – enchaînés, l’explosion galactique de notre imaginaire, celui enfin « où le monde s’accorde à nos désirs »(André Bazin). On pense à Cocteau, mais aussi au peintre Böcklin et à « L’île des morts », et en littérature à Jules Verne, Raymond Roussel.
Retenons la phrase du début: « Ces choses n’arrivent jamais, mais elles sont, pour toujours ».
Le film est une variation poétique sur la beauté de l’amour et la soif d’éternité.
(Alain Le Goanvic)