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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La frontière de l’aube

France, 2007, 1h45, noir et blanc

Réalisation :

Philippe Garrel - Scénario: Philippe Garrel, Marc Cholodenko, Arlette Langmann - Image : William Lubtchansky - Son : René Levert, Alexandre Abrard - Montage : Yann Dedet - Musique: Jean-Claude Vannier - Production : Rectangle Productions et studio Urania - Distribution: Les films du losange.

Interprétation :

Louis Garrel (François), Laura Smet (Carole), Clémentine Poidatz (Eve), Emmanuel Broche (Jean-Jacques), Olivier Masart (Père d’Eve), Eric Rulliat (le mari de Carole).

Auteur :

Depuis son premier long métrage Marie pour mémoire (1967) jusqu’à l’avant dernier Les amants réguliers (2004) ce marginal de la “Nouvelle Vague” pratique un cinéma exigeant et souvent incompris qui explore en boucle les mystères du couple, des liens familiaux, de l’imaginaire et de l’art dramatique en des films saturés de poésie, de surréalisme et d’amour fou, hantés également par l’alcool, la drogue et le suicide. Ce dernier film, le seul en noir et blanc de la sélection officielle de Cannes cette année, a profondément dérouté et divisé le public et la critique.

Résumé :

Une star vit seule chez elle, son mari est à Hollywood et la délaisse. Débarque chez elle un photographe qui doit la prendre en photo pour un journal et faire un reportage sur elle. Ils deviennent amants. Ils vont habiter deux semaines à l’hôtel pour faire ce reportage et repassent de temps en temps à l’appartement de la star...

Analyse :

Pour l’inconditionnel de Philippe Garrel que je suis depuis 40 ans il n’y a à première vue que deux attitudes en face de son dernier film : ou bien considérer qu’une attente trop haute a été déçue par le retour du réalisateur, sans vrai renouvellement de la forme, aux angoisses suscitées en lui par les thèmes de l’alcoolisme et de la dépression qu’il a si souvent abordés, ou bien se désoler de la platitude et du naturalisme du déroulement en deux temps de cette histoire d’amour avortée : sa naissance frénétique sans vrai épanouissement et son déclin marqué par le suicide successif des amants.
Où sont le lyrisme , la mélancolie , la fantaisie auquel nous a habitués le cinéaste ? Louis Garrel dans son registre habituel nous séduit certes mais se caricature un peu, tandis que le tracé pathologique du rôle de Laura Smet ne facilite pas un travail d’actrice quelquefois laborieux. Enfin le contraste entre des passages presque cliniques (un électro-choc comme on n’en fait plus) ou de vaudeville (l’arrivée nocturne du mari) et la réapparition sans mystère de Carole après sa mort dans le miroir de François provoque une rupture de la fluidité poétique du récit.
Mais une troisième voie de réflexion existe peut-être si l’on se rappelle que nombres de personnages de Garrel sont aussi des fantômes qui questionnent leurs propres idéaux perdus et vivent jusqu’à l’outrance le retour du refoulé. C’est ainsi que, directement inspirée d’une nouvelle fantastique de Théophile Gautier, Spirite, la voix de sirène de l’apparition de Carole envahit François et le pousse irrésistiblement à la rejoindre. Même si l’on peut donc considérer à première vue ce film comme moins réussi que les précédents, il devrait, revu, trouver une meilleure place dans l’oeuvre de Garrel, et la beauté des images en noir et blanc du fidèle chef opérateur de ce mythique réalisateur reste inoubliable.

Jean-Michel Zucker