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Cinéma

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L'âge des ténèbres

Canada 2007 1h55

Réalisation :
Scénario et dialogues : Denys Arcand ; Photo : Guy Dufaud ; Décor : François Séguin ; Son : Paul Lainé, Cyril Holtz ; Montage : Isabelle Dedieu ; Musique : Philippe Miller
Interprétation : Marc Labrèche (Jean-Marc Leblanc), Diane Kruger (Véronica Star), Sylvie Léonard (Sylvie Cormier-Leblanc), Caroline Néron (Carole Bigras-Bourque), Rufus Wrainwright (le prince chantant), Macha Grenon (Béatrice)
Auteur :

Denys Arcand est canadien. Il est né le 25 juin 1941 à Montréal. Avec plus de dix longs métrages à son actif, il est surtout connu en France pour "Le déclin de l'empire américain" (1986), "Jésus de Montréal" (1989), et "Les invasions barbares" (2003) qui reprenait près de 20 ans après les personnages du "déclin de l'empire américain". Son dernier film "L'âge des ténèbres" a été présenté au Festival de Cannes 2007 mais hors compétition. Il y reste fidèle à son ton antèrieur de critique sociale formulée à travers des situations humoristiques.

Résumé :

Dans ses fantasmes, Jean-Marc Leblanc est un brave chevalier, un acteur célébré des arts de la scène et du cinéma, un auteur à succès gagnant le prix Goncourt. Toutes les femmes sont à ses pieds. En réalité, Jean-Marc est un homme sans histoire, un petit fonctionnaire, un mari insignifiant, un père manqué, un fumeur clandestin. Arrivera-t-il à s'évader de ses rêves pour se façonner une vie qui lui soit propre ?

Analyse :

Denys Arkand se frotte au difficile rendu cinématographique des fantasmes. A chacun d'apprécier la plus ou moins grande finesse de ce rendu selon que l'on a affaire à des fantasmes sexuels ou concernant le succès et la notoriété. Ce n'est sans doute pas là l'intérêt essentiel du film. Ce qui compte beaucoup ce sont toutes les critiques sociales qui traversent le film et dont les mésaventures de Jean-Marc sont le révélateur : famille sans communication où chacun (chacune) s'abrite derrière les outils des nouvelles technologies, univers urbain pollué où l'on porte des masques pour se protéger, habitat de plus en plus éloigné des lieux de travail qui condamne aux embouteillages et aux longs transports en commun, vieillesse en collectivité hospitalière sans humanité, services sociaux sans efficacité où l'on cherche à motiver les employés avec des méthodes commerciales... Si le trait parait parfois forcé, on peut tout de même se reconnaître dans un grand nombre de situations. L'humour est souvent présent, humour noir parfois, mais percutant. La scène au cours de laquelle Jean-Marc est confronté à l'accusation d'avoir traité de "nègre" un de ses collègues, alors même que celui-ci ne s'en plaint pas, est une réussite. Des scènes émouvantes aussi, lorsque Jean-Marc rend visite à sa vieille mère hospitalisée et lorsque, à sa mort, il pleurera d'abondance. Là, Denys Arkand ne force pas le trait et ne tourne pas en dérision le désarroi de son personnage principal. Des trouvailles cinématographiques aussi, dans le générique de début par exemple, qui nous fait voir le visage de Jean-Marc se superposer fugitivement à celui du Prince chantant, ou lorsque, à la fin, s'éloigne sur la mer dans une embarcation à voile, l'un de ses fantasmes féminins, nous signifiant sans doute que Jean-Marc renonce à tous ces faux-semblants. Des critiques ont été très sévères pour ce film. Peut-être en attendaient-ils trop, après "Les invasions barbares" ?

Maguy Chailley