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Cinéma

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La journée de la jupe

France, 2009, 1h28

Réalisation : Réalisation, scénario, dialogues : Jean-Paul LILIENFELD - Musique : KOHANN - Image : Pascal RABAUD - Montage: Aurique DELANNOY
Interprétation : Isabelle ADJANI (Sonia Bergerac, la prof), Denis PODALYDES (Labouret, le négociateur), Khalid BERKOUZ (Mehmet, le brimé), Yann EBONGE (Mouss, le caïd), Kévin AZAÏS (Sébastien, son complice), Sonia AMORI (Nawel, la rebelle), Sarah DOUALI (Farida, la victime), Yann COLLETTE (Béchet, le chef du GIGN), Nathalie BESANÇON (la ministre)
Auteur :

Jean-Paul LILIENFELD (1957-) a grandi dans les cités de Créteil. Après des débuts d’acteur (p. ex. Inspecteur La Bavure, 1980), il ajoute à sa panoplie les scénarios (l’été en pente douce, 1986 avec KRAWCZYK, l’Oeil au beur(re) noir, 1987, avec BRAOUDE) puis la mise en scène  : XY drôle de conception (1995) ; Quatre garçons pleins d’avenir (1997) ; HS hors service (2001). Racisme, exclusion, les sujets de société le mobilisent. Les émeutes de 2005 dans les banlieues le conduisent à enquêter sur le milieu enseignant, suite à quoi émerge La journée de la jupe. Isabelle ADJANI, sortant d’une longue absence, l’a volontiers rejoint dans ce projet envers lequel la motivait son propre parcours.

Résumé :

dans un établissement de ‘dure banlieue’, qui évoque inévitablement l’ambiance de Entre les murs, une prof de français excédée par des élèves grossiers et brutaux se retrouve un revolver à la main, prend sa classe en otage et impose quelques instants d’enseignement. Hors de la salle s’agitent le corps enseignant, la police, les parents, les journalistes. Le final révèle que Sonia Bergerac, opposée en tout à ses élèves par sa foi dans « l’école républicaine », est d’origine immigrée comme la majorité d’entre eux.

Analyse :

Un film audacieux, qui prend à bras le corps des sujets graves que l’on traite souvent par l’ellipse et le politiquement correct. C’est là qu’il trouve l’essentiel de son intérêt, plus que dans une histoire peu crédible et alourdie de détails superflus.  Mais il vaut la peine de passer sur les invraisemblances de cette prise d’otage et de son déroulement, mal ficelés, pour apprécier les cris d’alarme que cette fiction permet de mettre avec force plein écran. Sujets brûlants, parce qu’urgents et douloureux, même s’ils ne sont plus neufs : le délabrement d’une société que l’on voudrait pouvoir dire marginale, mais où tant de Français vivent, dans une culture de la violence, de la peur, du mensonge, et où une jeunesse aux abois rencontre le désarroi des parents irresponsables et de l’école impuissante. Désespoir de l’institution scolaire, illustré par ce proviseur démissionnaire et ces collègues défaitistes unis (à une exception près) contre celle qui dérange en refusant l’abandon ; ravages de la religion quand elle sert d’alibi au machisme égoïste et au refus des règles qui déplaisent...
Film audacieux, parce que Lilienfeld y prend le risque de frôler l’intolérance envers la façon d’être d’autrui. Mais il accumule les précautions, avec ses caïds si haïssables que chacun rêve de les voir éliminer, avec ses violeurs dont les patronymes évitent savamment toute interprétation malséante, ou encore avec la révélation des origines de la prof, que le contraste avec ses parents transforme en symbole vivant de l’intégration.
Ce qui se passe dans cette salle entre le prof et ses élèves, et entre les élèves, s’avère bien plus important pour nous que la compétition entre le négociateur et le cogneur du GIGN. Mais le superflu déborde lorsque viennent en scène les malheurs sentimentaux de la prof et du négociateur...  Fallait-il cela pour rappeler que grands problèmes de société et petits ennuis personnels sont inextricablement enchevêtrés ? Anecdotique aussi, mais plus intéressant, l’usage tous azimuts – modernité oblige – qui est fait du portable et des SMS : "Vous allez me tuer ! – C’est parti !"

Jacques Vercueil