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Cinéma

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La petite Jerusalem

(France 2005 ; durée : 1H36)

Réalisation : Réalisation et scénario : Karin Albou ; Image: Laurent Brunet ; Son : Jean-François Mabire et Steven Ghouti ; Prod. : GLORIA Films ; Distr. : OCEAN films.
Interprétation : Fanny Valette (Laura), Elsa Zylberstein (Mathilde), Bruno Todeschini (Ariel), Hedi Tillette de Clermont-Tonnerre (Djamel), Aurore Clément (la femme du Mikvé)
Auteur :

Après des étude de théâtre, de danse, d'hébreu, de littérature française et arabe, Karin Albou a fait une école de cinéma à Paris. Elle a réalisé plusieurs courts métrages dont Aid el kébir qui a reçu le grand-prix du court métrage à Clermont-Ferrand. La petite Jérusalem est son premier long métrage. Il a été sélectionné dans la Semaine internationale de la critique au festival de Cannes 2005 et a reçu le prix SACD du scénario.

Résumé :

"La petite Jérusalem", c¹est le nom d'une petite communauté vivant à Sarcelles et constituée de Juifs émigrés d'Afrique du Nord. Très ancrés dans leur tradition, ses membres vivent en autarcie culturelle et observent scrupuleusement les rites et les pratiques du judaïsme. Parmi eux, Laura (dix-huit ans) fait figure de rebelle. Déjà, elle refuse d'accepter comme époux l'homme que sa famille lui a choisi. Mais surtout, elle préfère la philosophie à la Torah et Kant à Hachem. Comme son maître, elle s'impose une promenade tous les soirs à sept heures, et veut construire sa propre loi pour être libre et résister aux faiblesses de sa chair. Mais on sait que le désir a plus d'un tour dans son sac : c'est justement alors qu'elle se trouve sur son "chemin du philosophe" qu'elle croise un jeune Algérien, journaliste et sans papiers.

Analyse :

Il n'y a apparemment ici pas grand chose de commun avec les films "de banlieue" habituels. Et pourtant on en retrouve tous les thèmes : repli sur elles-mêmes des communautés résidentes, difficulté pour leurs membres de rompre le cordon ombilical, situations de dépendance faites aux femmes, chocs culturels entre origines distinctes. Et si la violence des oppositions se traduit davantage par l'échange d'arguments philosophiques et religieux que par des jets de projectiles, elle est toujours latente, ne demandant qu'à surgir dans toute sa brutalité. A preuve l'incendie de la synagogue, la communauté juive se trouvant contrainte par la suite de se rassembler sous une tente.

L'intérêt de La petite Jérusalem c'est toutefois avant tout le terrain qu'a choisi l'auteur pour le déroulement de son intrigue : la loi. C'est aussi la place qui est donnée à celle-ci comme moteur de l'épanouissement (ou de l'étouffement) des êtres et des relations entre eux et comme bouclier contre le désir. Avec le défaut inhérent au principe même de l'entreprise : Karin Albou n'évite pas complètement le piège d'un certain artificiel dans des échanges souvent scolaires, ni celui d'une construction un peu bridée et aux événements parfois balisés. Mais ces réserves restent mineures par rapport aux qualités de ce premier film original et ambitieux.

Jean Lods