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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La ronde de nuit

GB -Pologne - NL - Canada - 2H16

Réalisation :
Réalisation et scénario: Peter Greenaway - Dir. Photo : Reinier van Brummelen - Montage : Karen Porter - Musique : Wlodek Pawik - Décor : Maarteen Piersma - Son : Maurice Hiller - Production : Kasander/No Equal Entertainment/Yeti Films
Interprétation : Martin Freeman (Rembrandt) - Eva Birthistle (Saskia) - Johdi May (Geertje) - Emily Holmes (Henrickje) - Toby Jones (Gerard Dou)
Auteur :

Peter Greenaway, né en 1942, d’abord peintre décorateur, se met au cinéma en 1980. Il réalise « Meurtre dans un jardin anglais » (1982), qui révèle son talent et son originalité. Ils se confirmeront avec les films suivants, « Le ventre de l’architecte »(1987), « Drowning by numbers »(1988), « Prospero’book »(1990). Éclectique, étrange, baroque, son cinéma suscite l’admiration ou le rejet ! Un frère anglais à David Lynch !

Résumé :

La Ronde de nuit est ce tableau célèbre de Rembrandt, qui scandalisa la bourgeoisie hollandaise. Portrait de groupe de la milice civile d’Amsterdam (thème très en vogue à l’époque), ce tableau est si atypique que Greenaway le représente comme une énigme criminelle. Que s’est -il donc passé dans cette Nuit, et que le décryptage attentif des personnages va révéler ?

Analyse :

La peinture et le théâtre sont à l’œuvre dans ce très beau film, qui de plus apporte une réflexion sur l’image et son interprétation.
Qu’est ce qu’il y a d’historique autour du tableau, par ailleurs représentation désinvolte de l’Age d’or hollandais ? Les personnages ne se sont pas reconnus et ils auraient refusé de payer Rembrandt. Il est vrai que le tableau « analysé » dans le film montre des hommes au regard étonné, hagard. Leur « ronde » semble tourner à la déroute. Et il y a, au milieu des couleurs pourpres et noires des riches habits de ces messieurs, la figure blanche et fantomatique d’une petite fille, qui fuit ce groupe finalement peu recommandable.
Le cinéaste exploite cette étrangeté. Quelques éléments de « biographie » de Rembrandt nous sont donnés. Il y a les trois femmes, de sa vie : Saskia, qui va lui donner un enfant et puis mourir, Geertjje, la maîtresse qui lui donne le plaisir charnel, et enfin, Henrickje, la jeune fille qu’il protège. Rembrandt, homme très riche, sent peu à peu sa fragilité et pressent la misère et la déchéance. « La ronde de nuit » ou le portrait de l’artiste libre aux prises avec les nobles et les bourgeois, infatués de leur rang social. On pense au peintre de Meurtre dans un jardin anglais. Sous les apparences, il y a le complot et le crime. Oui, grâce à la caméra impitoyable, nous suspectons un crime déguisé en accident, des relations bizarres entre certains. La forme, le style, la déclamation nous relient au théâtre. C’est un huis-clos (sauf pour une séquence), filmé en format rectangulaire (allusion picturale) accentuant l’impression d’horizontalité. La caméra effectue de nombreux travellings, dans un magnifique jeu de lumières, de clair obscurs, de fulgurances ! Très souvent, un lit au milieu de l’écran, où s’affirment l’érotisme, le désir sexuel, surtout la volonté de vivre de l’artiste, qui se sent menacé.… C’est aussi un lieu de cauchemars ! Puis une table, avec des personnages assis, qui font irrésistiblement penser aux tableaux de l’âge classique. Des moments de grande poésie, où les acteurs déclament comme dans une pièce de Shakespeare. Une belle et profonde musique inonde l’ensemble. Un bel objet esthétique.

Alain Le Goanvic