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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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La terre des hommes rouges

(Titre original Birdwatchers)

Brésil-Italie 2008 -1h46

Réalisation :

Marco Bechis - Image : Hélcio Alemao Nagamine - Montage : Jacopo Quadri - Son : Gaspar Scheuer - Décors : Clovis Bueno - Musique : Domenico Zipoli (1688-1726) - Andrea Guerra - Production : RAI Cinéma, Karta Film, Gullane - Distribution : Ocean Films

Interprétation :

Abrisio Da Silva Pedro (Osvaldo), Alicélia Batista Cabreira (Lia), Ademilson Concianza Verga (Ireneu),Ambrosio Vilhalva (Nadio), Chiara Caselli (la propriétaire terrienne), Leonardo Medeiros (le propriétaire), Nelson Concianza (le chaman)

Auteur :

Né au Chili, de père italien et de mère chilienne, Marco Bechis a la double culture. Ses films ne sont pas ou peu connus en France : Alambrado (1991), Garage Olimpo (Cannes 1999), Figli/Hijos (2001). La terre des hommes rouges a été présenté au Festival de Venise 2008.

Résumé :

Au Brésil, dans la région du Mato Grosso, un groupe d’Indiens Guarani se rebelle contre les propriétaires terriens, soutenus par les autorités, qui les exploitent. Leur chef Nadio décide que le groupe quitte la « réserve »où ils sont parqués.

Analyse :

Mission (Joffé), Le Nouveau Monde (T. Malick), (cf site), et plus ancien, Les Cheyennes (Ford) évoquaient le sort des peuples du continent américain, asservis par les Européens. Mais ces films plaçaient l’action du point de vue de l’envahisseur, incarné par un Occidental blanc (avec une charge critique, toutefois). Ici, le personnage central est un Indien Guarani, Nadio, qui va agir concrètement et sans armes, contre l’oppression sociale et économique. Tranquillement, il amènera ses congénères à camper le long d’une grande propriété, sur le bas-côté d’une route.
En quelques minutes d’exposition, nous avons les clés du problème : une barque remplie de touristes blancs se déplace le long de la rive amazonienne, ils prennent des photos, observent les oiseaux (birdwatchers !) et découvrent soudain un groupe d’indiens simplement vêtus d’un pagne qui les regardent. Les hommes ont des arcs et des flèches. Ils sont vaguement menaçants. En fait, une fois les touristes partis, on les voit recevoir de l’argent pour leur prestation. Voilà un aspect de l’exploitation économique. Comment éviter que les hommes et les femmes du village aillent travailler dans les cannes à sucre pour payer leur subsistance ? que les jeunes boivent de l’alcool offert par les colons ? que certains se suicident par pendaison (images fortes) ? Les valeurs ancestrales oubliées, le contact avec la terre et la forêt nourricières, les esprits présents partout (dont Anguié, probablement la Mort), voilà ce que Nadio veut redonner à son peuple ! Cela se passe maintenant.
Le deuxième personnage important est le jeune Osvaldo, qui sent les choses de l’intérieur et devient apprenti chaman. Parti dans la forêt pour son initiation, et résistant ainsi aux appels des négriers pour aller travailler dans les champs, il va vaincre la peur de la mort, et commencer (peut être ?) une ère de changement.
Actuellement, le gouvernement a lancé un programme qui permettra de restituer 20% des terres aux Guaranis. Car la terre n’appartient-elle pas aux Indiens depuis des millénaires, comme l’affirme Nadio dans un grand geste symbolique ? Le cri de révolte lancé à la fin du film reste longtemps dans notre mémoire, avec en contrepoint une belle musique chantée de l’époque baroque, symbole du pouvoir venu de la mer…

Alain Le Goanvic