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Cinéma

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La tourneuse de pages

2006 -1H25
(Sélection "Un Certain Regard" - Festival de Cannes 2006)

Réalisation : Réalisation et mise en scène: Denis Dercourt ; Scénario et dialogues : Jacques Sotty, Denis Dercourt ; Images : Jérôme Peyrebrune ; Montage :François Gedigier ; Son : Olivier Dô Huu, Olivier Mauvezin,  Benoît Hillebrant ; Musique : Jérôme Lemonnier ; Production : Diaphana Films France 3 Cinéma
Interprétation : Catherine Frot (Ariane Fouchécourt) – Déborah François (Mélanie Prouvost) – Pascal Greggory (Jean Fouchécourt)
Auteur :

Denis Dercourt est né en 1964. Son premier film date de 1998 : « Les cachetonneurs ». Puis : « Lise et André »(2000) et « Mes enfants ne sont pas comme les autres » (2003). Denis Dercourt a en outre une solide formation musicale, dont il se sert admirablement dans le présent film (comme dans « Les cachetonneurs »).

Résumé :

Mélanie est très douée pour le piano et ses parents, de condition modeste, la soutiennent fortement. Elle tente le concours d’entrée au conservatoire, mais échoue, perturbée par l’attitude désinvolte de la présidente du jury, Ariane Fouchécourt, une pianiste reconnue. Profondément déçue, elle abandonne le piano. Une dizaine d’années plus tard, Mélanie retrouve la pianiste et se met à son service…

Analyse :

Dès le début du film, le personnage de Mélanie – qui a alors 11 ou 12 ans- est impressionnant par sa raideur et son regard acerbe. On sent une détermination sans faille, mais en même temps l’expression d’une fausse fragilité. Peut-être, y a t-il aussi un certain mépris à l’égard de son père (qui est boucher charcutier), et de sa mère, qui semble bien effacée et très conventionnelle ? Les dés sont jetés quand, lors de l’audition, la jeune Mélanie ne supporte pas que la présidente du jury signe un autographe pendant qu’elle joue… et commet la faute de s’arrêter de jouer ! Plus tard, le hasard (?) fera que Mélanie devenue une belle jeune fille, très BCBG, travaille comme stagiaire chez le mari d’Ariane Fouchécourt, et accepte d’être baby-sitter du jeune fils (qui apprend très consciencieusement le piano). Mélanie peut ainsi s’approcher de très près de celle qui a représenté son échec, et qui lui a laissé (sans le savoir) une blessure indélébile ! Le couple est très riche et vit dans une superbe maison avec piscine en sous-sol, et tennis. Peu à peu, la belle et silencieuse Mélanie va se rendre indispensable auprès d’Ariane, femme nerveuse, doutant d’elle-même et surtout femme frustrée (bouleversante Catherine Frot). Mélanie a vu la faille béante, et va en jouer de manière implacable. De nombreuses scènes baignent dans une musique classique merveilleuse et pure. Mélanie est devenue la tourneuse de pages d’Ariane, elle est assise derrière elle comme un ange gardien. Puis elle s’approche plus physiquement de cette femme et la séduit. Et là s’accomplit la vengeance, sans que jamais un seul mot d’explication soit donné ! C’est comme une tragédie antique. Fim singulier, où les échanges de regard – avec le silence des êtres- pèsent dans le déroulement du récit et où chaque plan apporte une rigueur et une froideur qui laisse le spectateur en constant «suspens». La vengeance nous est présentée comme un mystère insondable.

Alain Le Goanvic