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Cinéma

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La vie des autres

Allemagne (2006) – 2h17

César 2008 : meilleur film étranger

Réalisation :
Mise en scène et scénario : Florian Henckel von Donnersmarck ; Images : Hegen Bogdanski ; Montage : Patricia Rommel ; Musique : Gabriel Yared, Stephane Moucha ; Production : Quirin Berg, Max Widerman
Interprétation : Ulrich Mühe (Gerd Wiesler)- Sebastien Koch (Georg Dreymann) – Martina Gedeck (Christa- Maria Sieland) – Ulrich Tukur (Anton Grubitz)
Auteur :
Avec « La vie des autres », son premier long-métrage, Florian Henckel von Donnersmarck, cinéaste allemand (né en 1973), a été remarqué en décrochant 3 prix au European Film Awards (dont meilleur film) et 7 Lolas (équivalents des Césars outre Rhin). Issu de la prestigieuse École Supérieure de Cinéma et de Télévision de Munich, il a été assistant de Richard Attenborough et a réalisé de nombreux courts-métrages.
Résumé :

Au début des années 1980, en Allemagne de l’Est, un agent secret, nommé Wiesler, a pour mission d’observer un couple d’intellectuels. Mis sur écoutes, le dramaturge Dreymann et son amie (qui est aussi la maîtresse du Ministre de la Culture…) sont espionnés jour et nuit. Alors, Wiesler, fasciné par l’histoire de ce couple, va avoir un étrange comportement. 

Analyse :
Ce film présente un intérêt historique : le cinéaste a effectué beaucoup de recherches sur la Stasi, service de renseignements du pouvoir communiste de Berlin-Est, qui employait 100000 personnes, et avait 200000 informateurs ! L’Allemagne réunifiée s’intéresse de plus en plus à ce sombre passé. Le film est efficace par la justesse des acteurs (dont Ulrich Mûhe, qui fit partie du célèbre Berliner Ensemble, créé par Brecht) et l’ambiance pesante, étouffante même, qu’il a su faire passer. Le public allemand l’a bien compris : c’est un succès.
Une autre grande qualité du film réside dans l’aspect psychologique : on assiste au revirement d’un capitaine, qui par sa nouvelle mission découvre le monde du théâtre, de la musique et surtout de l’amour partagé entre un homme et une femme. Sa vie semblait être d’une tristesse consommée, entièrement consacrée à l’écoute et à l’information visant à démaquer les « ennemis du communisme », vie étriquée de petit fonctionnaire zélé, comme hélas, on en trouve dans tous les pouvoirs totalitaires ; le passé nazi porte son ombre, elle est stalinienne.
Et puis survient cette mission de surveiller le dramaturge Dreymann, lequel n’est pas particulièrement opposé au régime, sauf que certains de ses amis sont déjà fichés, et que surtout il décide de publier un article anonyme dans « Der Spiegel», grand hebdomadaire d’Allemagne de l’Ouest. Ce qui va faire changer le point de vue de Wiesler, c’est de découvrir que son supérieur et le Ministre de la Culture se conduisent de manière immorale et cynique. Il va aussi découvrir la force de l’amour entre Georg et Christa-Maria, malgré les vicissitudes de ce régime cruel et froid. Jusqu’à prendre une initiative individuelle, qui lui coûtera sa carrière: il ne dira pas la vérité à son supérieur, il fera disparaître toute preuve tangible, mettant en cause Dreymann…
Décors froids, aseptisés (on pense à Kafka). Musique prenante, parfois sensuelle, nostalgique. Cadrages en plans moyens et en gros plans, accentuant l’intimité des drames personnels. Un film réussi, malgré une fin un peu laborieuse. (Alain Le Goanvic)