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Cinéma

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Le bannissement

Le Bannissement 

Belgique - France - Russie – 2007 - 2h30

Réalisation :
Réalisation : Andrei Zviaguintsev - Scénario : Artiom Melkoumian, Oleg Negin - Dir. Photo : Mikhail Kritchman - Montage : Anna Mass - Musique : Arvo Pärt, Andreï Dergatchev - Décor : Andreï Ponkratov - Production : Renfilm, Dimitri Lesnevsky
Interprétation :

Konstantin Lavronenko (Alexandre) ; Maria Bonnevie (Véra) ; Alexandre Baluyev (Mark) ; Catherine Kulkina (Eva) ; Dimitri Ulianov (Robert) ; Alexei Vertkov (Max)

Auteur :

Andreï Zviaguintsev a connu un grand succès avec l’admirable « Le retour », son premier long -métrage (Lion d’Or - Venise 2003). "Le bannissement" a été présenté en Compétition Officielle à Cannes 2007. L’acteur principal a décroché le Prix d’interprétation masculine.

Résumé :

Le film est une adaptation d’une nouvelle de William Saroyan, Matière à rire. Un homme, sa femme et leur deux enfants quittent une cité industrielle pour s’installer quelque temps à la campagne, dans la vieille maison du père. C’est là, au milieu d’une nature magnifique, que Véra va prononcer les mots fatidiques, qui vont engendrer le drame.

Analyse :

Le cinéaste veut exprimer l’invisible, l’impalpable, ce qui plane entre les êtres, tout ce qui rend difficile la parole. Véra, femme au doux visage lumineux, être entre deux mondes, dit à son mari : « Alex…Je suis enceinte…Et ce n’est pas de toi… ». L’homme, massif, dans sa puissance contenue, refuse d’entendre toute explication et quitte à pied la maison.
Mais, au tout commencement du film, avant cette séquence-clé qui lance le cours du destin, un arbre au milieu des champs. Plan fixe. Travelling de droite à gauche. Une route sinueuse. Puis une voiture à toute allure. Bruit étourdissant du moteur. Raccord. Rue entre des usines. La voiture freine devant un passage à niveau, un train traverse, lourd, menaçant. La pluie se met à tomber, pluie d’orage. Et pendant toute cette course éperdue, en fond sonore, un chœur d’hommes, comme une respiration profonde et hésitante (Arvo Pärt).
Mark, le frère d’Alex, est blessé, il a une balle dans le bras. Son frère va le soigner. Les deux frères, protagonistes du drame qui frappera Véra sont là, réunis. Un secret de famille, entre eux, peut être. Alex a mené sa famille dans la maison de son père. On ouvre toutes les fenêtres. Le fils dit qu’il y a une odeur spéciale dans cette maison. Le père élude. Oui, les murs doivent garder la mémoire. Vers la fin, alors que les volets seront irrémédiablement refermés, la caméra restera seule à l’intérieur, tel un regard impassible !
Plus tard, il y aura de nouveau la pluie, l’orage. La source tarie se mettra de nouveau à couler . La terre sera abreuvée de l’eau du ciel, alors qu’en ville, une longue séquence donnera le sens, la clé du mystère de Véra, cette femme si belle, si droite devant l’homme, égocentrique, enfermé en lui-même, et désespéré…Les photos, d’un passé « mélangé », défilent sous nos yeux et accentuent l’étrangeté de cette famille, et montre l’ombre du patriarche.
Zviaguintsev a magnifiquement réussi son deuxième film. Il revendique l’influence de Tarkovsky (Andreï Roublev ; Stalker ; Le sacrifice ) : « mes racines, mon sang » dit-il de ce grand cinéaste russe, mort en 1986. Mais, fort de cette filiation, il s’en dégage, il crée son propre style, son univers, son monde à lui. Pour notre bonheur.

Alain Le Goanvic