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Cinéma

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Le cahier

( Iran – 2007 -1h21)

Réalisation :
Réalisation : Hana Makhmalbaf - Scénario : Marziyeh Meshkini - Son : Farid Pirayesh-Montage : Mastaneh Mohajer - Musique : Tolibhon Shakhidi - Production : Wild Bunch, Makmalbaf Film House
Interprétation : Nikbakht Noruz (Baktay, la petite fille) - Abbas Alijome (Abbas) - Abdolali Hoseinali (le jeune taliban)
Auteur :

Fille du cinéaste et intellectuel iranien, Mohsen Makhmalbaf (Kandahar, 2001 Cannes ; Les contes de Kish, 1999), Hana Makmalbaf (qui a 18 ans cette année) a commencé le cinéma à 9 ans par un court -métrage, puis un documentaire, sur le tournage du Tableau noir de sa soeur Samira. Le cahier est son premier long -métrage (Grand Prix Festival San Sebastian 2007)

Résumé :

Sous les anciennes statues géantes de Bouddha détruites par les Talibans en 2001, des familles tentent de survivre dans des grottes. Une petite fille entend toute la journée son petit voisin réciter l’alphabet. Elle décide alors d’aller à l’école. Mais il lui faut se procurer un cahier…

Analyse :

De ce film, réalisé à hauteur d’enfants (la petite et son copain n’ont guère plus de 6 ans) et en gros plans (magnifiques de sensibilité) se dégage une atmosphère particulière, faite de douceur, de poésie, et aussi de violence, celle-ci exprimée par les mots, les gestes, les attitudes. De jeunes garçons « talibans » martyrisent les petites filles, et débitent le catéchisme d’adultes extrémistes. Filmées dans un monde de villageois, pris dans leurs occupations et leurs soucis quotidiens (le pays tente de survivre après la folie des Talibans, et les horreurs de la guerre), les images ont comme décor, en Afghanistan, les grandes alvéoles de Bamian, où se trouvaient les statues géantes de Bouddha. Les premières images du film montrent le dynamitage des statues, d’une terrible intensité, explosion prémonitoire, qui aura un écho encore plus terrifiant avec les tours du 11 septembre…. Hana marche, à sa manière, dans les traces du père Mohsen et de la grande sœur Samira, famille en délicatesse avec le pouvoir iranien à cause de ses prises de position. L’esprit « cinéma engagé » habite cette famille étonnante et très féconde en films couronnés dans les festivals internationaux.
Mélange de conte et de reportage réaliste, le film, à la technique très maîtrisée, nous émeut par l’interprétation des deux enfants, en recherche obstinée de la connaissance et de la liberté. La violence, qui règne dans la deuxième partie, est celle que les adultes ont transmise aux enfants. C’est la mort qui règne, elle est dans les cœurs, dans les esprits. On dit même à Bakttay : « fais la morte, on te laissera tranquille ».
Alors que de nos jours, les talibans se livrent à des attaques meurtrières contre des enseignants ou des élèves et incendient des écoles, il est plus que jamais nécessaire de rester vigilant. Ce beau film est un vibrant appel. Il se termine avec la même image de l’explosion, sur laquelle apparaît le titre original du film « Bouddha s’est écroulé de honte » ! Et nous en sommes encore plus touchés. Voir ce film est une manière de soutenir une forme de cinéma, courageux et pertinent sur un sujet qui nous concerne tous.

Alain Le Goanvic