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Cinéma

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Le Caïman

Italie 2006 1h52

Réalisation : Réalisation Nanni Moretti sur une idée de N.Moretti et H. Schleef ; Scénario : Nanni Moretti, Francesco Piccolo, Federica Pontremoli ; Image: Arnaldo Catinari ; Musique : Franco Piersanti ; Son : Alessandro Zanon ; Montage : Esmeralda Calabria ; Production :Sacher Film. Angelo Barbagallo ; Distribution : Bac Films
Interprétation : Sylvio Orlando (Bruno), Margherita Buy (Paola), Daniele Rampello (Andrea), Giacomo Passarelli (Giacomo), Jasmine Trinca (Teresa), Cecilia Dazzi (Luisa).
Auteur :

A 20 ans Nanni Moretti tourne et interprète en 1973 ses deux premiers courts métrages, Pâté de bourgeois et La Défaite qui, déjà, mêlent questionnements intimes et politiques. En 1976, son premier long métrage, Je suis un autarcique, porte un regard ironique sur le gauchisme puis Ecce bombo évoque les rapports compliqués d'un étudiant avec son entourage. Dans Sogni d'oro (Grand Prix du jury 1981 à Venise) puis Bianca, Moretti apparaît sous les traits d’un hétéronyme irascible et attachant, Apicella, qu'on retrouvera en professeur amoureux dans Laura Morante, en curé dans La Messe est finie et en militant communiste amnésique dans Palombella rossa. A partir de 1990 son cinéma reste irrigué par son autobiographie et la politique dans Journal intime (prix de la Mise en scène1994 à Cannes) et Aprile. Enfin La Chambre du fils, œuvre épurée et pudique sur la perte d'un enfant., obtiendra la palme d’or en 2001.

Résumé :

Producteur de films de série C, en faillite professionnelle et sentimentale, Bruno Bonomo perd pied., empêtré dans ses dettes, son couple en fin de course et ses enfants sans repères. Son chemin va croiser celui d'une jeune réalisatrice qui lui apporte un scénario, "Le Caïman". Il s'aperçoit vite qu'il s'agit d'une biographie de Berlusconi : Il doit monter l'affaire, trouver l'acteur principal tout en essayant de recoller les morceaux de son couple. Commence alors à naître en lui, porté par les convictions d'une cinéaste débutante, un nouvel élan .

Analyse :

Ne vous attendez pas à un docu-fiction au vitriol sur Berlusconi ! Nanni Moretti nous sert beaucoup mieux que cela : une pièce montée en forme de Woody Allen à l’italienne, avec en ouverture une séquence burlesque digne du meilleur comique américain. Bruno, héros négatif, réalisateur et mari paumé est la métaphore et le produit des scandaleuses et débilitantes années Berlusconi, « l’Italietta ». Au bout du rouleau , il ment du rêve à bon marché aux spectateurs comme à ses enfants. Lorsqu’il croise Térésa et son scénario sur le Cavaliere, un sursaut de dignité et de vitalité lui permettra de faire son film et de se comporter en père responsable. Beaucoup plus radicale que ne l’aurait proposé un pamphlet simpliste contre l’individu Berlusconi, la critique de la dégradation des valeurs de ces années se déploie à travers quatre de ses visages : réaliste des archives télévisées, chatoyant du rêve éveillé de Bruno lisant le scénario de Térésa, surréaliste lors du tournage du film dans le film, inquiétant enfin lorsque Moretti lui même campe un personnage qui selon lui subvertit la démocratie. Il faut souligner la fantaisie drôle qui perfuse l’oeuvre et les références au comique de Dino Risi et à la magie fellinienne : merveilleuse séquence de tournage à Cinecitta où des indiens s’avancent derrière une caravelle géante : jubilatoire !

Jean-Michel Zucker