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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le cauchemar de Darwin

Autriche, Belgique, France 2004 - durée 1h47

Réalisation : Réalisation et scénario : Hubert Sauper; Image: Hubert Sauper; Production : Mille et une productions, Paris ; Coop99 Film Produktion, Vienne ; Saga Film, Bruxelles; Genre : Documentaire
Interprétation :
Auteur :

Hubert Sauper, originaire d’une station de ski du Tyrol Autrichien où ses parents sont hôteliers, a fait ses études de réalisation à l’Universität für Musik und darstellende Kunst de Vienne et à l’Université de Paris VIII. Il a vécu en Grande-Bretagne, en Italie, aus Etats-Unis et en France depuis dix ans. Il donne des cours de cinéma en Europe et aux Etats-Unis. Ses deux derniers documentaires ont été primés dans de nombreux festivals.

Résumé :

Le principe de Darwin du triomphe du plus fort, s’applique aussi à la société. Après un bouleversement des conditions naturelles du Lac Victoria dû à l’introduction de la perche du Nil, les poissons locaux sont en voie d’être éliminés. Des usines se sont implantées sur ses rives et exportent les filets de perche vers l’Europe. Cette industrie, très lucrative, attire les habitants des villages voisins, augmentant ainsi la population, déjà en totale décomposition avec le Sida qui laisse dans la rue des orphelins affamés, des femmes réduites à la prostitution pour vivre, et des hommes détruits par l’alcoolisme et la maladie. Une noria d’avions russes assure le transport et le réalisateur s’interroge : Quel est leur cargaison dans les trajets Europe-Afrique ? Il pose le problème d’un trafic d’armes.

Analyse :

Ce documentaire, extrêmement impressionnant sur la révoltante pauvreté des populations du Lac Victoria, au centre de l’Afrique, mérite sa surprenante réussite commerciale, pour le sérieux du panorama désolant qu’il nous fait parcourir : enfants de la rue, orphelins ou abandonnés, femmes prostituées, conditions de travail effrayantes, saleté, pollution, insalubrité, aucune trace d’éducation, de soins médicaux, désastre du Sida, la violence prête à exploser à tout moment. La sensation qu’il ne s’agit pas là de laissés pour compte, mais bien d’une population entière, est désespérante. Et l’espoir est absent, rejeté dans l’impossible : telle prostituée souhaiterait étudier l’informatique, tel gamin déshérité, piloter un avion… Comment peut-on vivre ainsi ?
Que faire pour que de telles conditions dispararaissent ? C’est la question que le film laisse en vous, obsédante.
Ces images d’un désastre si complet et profond, si violent, qu’on l’imaginerait le produit d’une guerre ou d’une catastrophe, s’inscrivent au contraire dans le contexte « normal » des hauts et des bas de la vie économique : La perche du Nil génère une activité considérable, crée usines et emploi, revenus et bénéfices et laisse ces gens vivre comme on le voit.
On regrettera les efforts maladroits de Hubert Sauper pour trouver un contexte explicatif dans la mondialisation, et le trafic d’armes. Tout au plus parvient-il à faire dire à un pilote qu’il a effectué, ailleurs, des livraisons d’armes et nous fait-il voir des photos de magazine sur des armes en Afghanistan…
Les images grises et à gros grain de cet enfer s’éclairent, quelques moments, d’une beauté surprenante : champ de têtes de poissons hérissés, feux d’une industrie primitive dans la nuit, profils d’une grande dignité. Le gardien et ses flèches empoisonnées, Elisa la prostituée, sont des illustrations symboliques de ce désastre, dont il faut se rappeler qu’il n’est, hélas , pas une exception dans ce continent martyr.

N. et J. Vercueil