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Cinéma

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L'échange

USA - 2008 - 2H21

(Compétition Officielle Cannes 2008)

Réalisation :

Clint Eastwood - Scénario et dialogues : J. Michael Straczinski - Image : Tom Stern - Montage : Joël Cox, Gary Roach - Musique : Clint Eastwood - Production : Universal Pictures

Interprétation :

Angelina Jolie (Christine Collins), John Malkovitch (révérend Briegleb), Jeffrey Donavan (capitaine Jones), Michael Kelly, Colin Feore (chef de la police), Jason Butler Harner (Gordon Northcott), Amy Ryan (Carol Dexter)

Auteur :

Client Eastwood signe ici son vingt-huitième long-métrage, après quelques chefs d’œuvre inoubliables tels que Sur la route de Madison, Jugé coupable, Mystic River, Mémoires de nos pères.

Résumé :

Los Angeles 1928. Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, Walter a disparu. Une recherche effrénée s’ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Désorientée par l’avalanche de policiers et de reporters et par ses propres émotions, Christine ramène le garçon à la maison.… Mais elle sait, du fond de son cœur, qu’il n’est pas son fils !

Analyse :

Alors que retentit une musique douce, jazzy, rêveuse, un mouvement descendant de la caméra nous fait atterrir à Los Angeles, en 1928, où va se dérouler le drame.
L’élégance de la mise en scène induit cette touche de raffinement, si propre au style du réalisateur. Un art consommé de raconter une histoire de manière limpide. Une mélancolie douce voisine avec une description très crue des enjeux de l’intrigue où se débattent les personnages. Le regard porté sur eux est sans concession. Par une suite de fondus enchaînés, et l’utilisation de couleurs pastel, l’exposition du récit nous décrit les rapports empreints de douceur et d’affection entre la mère, célibataire et son fils, malheureusement sans père. Puis, implacable, le récit tourne à la tragédie, alors que la police corrompue de cette ville refuse d’entendre les affirmations de Christine Collins. Comme souvent chez le réalisateur, on assiste à une extraordinaire analyse de la société américaine : la police puissante et au-dessus de la loi, la presse ambivalente et versatile, l’horreur des hôpitaux psychiatriques, le pasteur lucide mais quelque peu exalté, les politiques surtout avides d’être réélus, la justice enfin qui va lentement engager sa procédure.
Ce film donne un magnifique portrait de femme (la beauté d’Angelina Jolie dans la tendresse du regard du réalisateur !), qui se lance avec entêtement dans la recherche de la vérité, et refuse tout compromis. Voilà une situation assez classique dans le cinéma américain : l’individu sauve la démocratie. Le niveau d’émotion va s’élever, lorsqu’une enquête fortuite fait découvrir un serial killer (encore une figure « américaine ») responsable de la disparition d’enfants, massacrés pour la plupart. Le déroulement du récit prend alors un tour nouveau, dans un paroxysme de violence inouïe. Aucun détail n’est épargné dans la pendaison du criminel. Jusqu’au bout, le scénario nous réserve des surprises, accentuant le mystère qui persiste quant à la disparition du jeune Walter Collins. Le dernier mot sera prononcé par Christine : « hope », l’espoir.
Le Jury de Cannes a gratifié Clint Eastwood du « Prix du 61è Festival », belle reconnaissance de son immense talent.

Alain Le Goanvic