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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le chant des mariées

Franco-tunisien 2008 1h40

Réalisation :

Scénario et réalisation : Karin ALBOU

Interprétation :

Lizzie Brocheré, Olympe Borval, Simon Abkarian et Karin Albou.

Auteur :

Karin Albou est née en Tunisie en 1968. Elle a étudié le théâtre, l’hébreu, l’arabe avant de suivre une Ecole de Cinéma à Paris. Après quelques documentaires et un film sur l’Algérie intitulé "Aïd-El-Kebir" (1998), elle se fait connaître avec son premier long métrage "La Petite Jérusalem" qui a otenu le Prix SACD à la Semaine de la Critique à Cannes (2005). "Le chant des mariées" a obtenu une mention spéciale au 30eme Festival du Cinema Méditerranéen de Montpellier.

Résumé :

Deux jeunes filles de 16 ans, Nour et Myriam, sont amies fidèles depuis l’enfance, et voisines dans un quartier populaire de Tunis. Elles sont à l’age où l’on se préoccupe beaucoup de l’amour et d’un mariage à venir. Mais Nour est musulmane et Myriam est juive et cet avenir se présente de façon différente à la fois à cause de leur sensibilité différente devant cet évènement décisif et aussi de leur appartenance religieuse. Facteur aggravant : l’histoire se déroule en novembre 1942, au moment où l’armée allemande occupe la Tunisie, en vertu de la politique de Vichy, et applique donc les lois antijuives de l’époque. La rumeur officielle par contre laisse entendre à la population que les nazis seraient favorables à une expansion du pouvoir arabe, donc des musulmans. La Grande Histoire vient compliquer encore un peu plus la petite.

Analyse :

La belle image qui parcourt la totalité du film, de la première à la dernière, et lui donne son unité, c’est celle des deux visages de Nour et de Myriam, souvent proches en gros plan et parfois même l’une inclinée vers l’autre : une amitié adolescente née de l’enfance que ni les déceptions ni les conflits ne pourront entamer. Et pourtant cet amour quasi fusionnel va être perturbé par plusieurs évènements.
Le plus immédiat est la question du mariage qui se pose gravement, non seulement à cause de l’age des jeunes femmes mais aussi des contextes socio-culturels des deux familles. Un père qui n’approuve le mariage de sa fille que si son fiancé, quelle aime en cachette, a un travail ; une mère veuve et sans ressources, qui contraint la sienne à épouser un monsieur qu’elle n’aime pas.
La complexité du sujet vient du fait que ces contradictions surviennent alors que ce petit peuple tunisien éloigné des grands problèmes de politique internationale est sous occupation allemande. Lorsque l’occupant décide avec l’appui des autorités françaises, d’appliquer les lois de Vichy vis à vis des ressortissants juifs, surgit alors ce fossé jusqu’alors imprévu entre Nour la musulmane et Myriam la juive.
Les rituels nuptiaux longuement décrits parallèlement à la présence sonore des soldats allemands et à la propagande antisémite nazie confèrent au récit une ambiance très particulière.
Si Karin Albou donne des deux hommes prétendants une image fragile et instable, elle confirme chez Nour et Myriam cette amitié indéfectible que leur différence religieuse ne fera qu’un temps vaciller. La musulmane découvre grâce à son père que le Coran respecte tous les gens du Livre et dans le chaos d’une guerre qui décidément touche aussi le Maghreb elle chante dans les bras de la juive que l’Eternel est Dieu et que Dieu est l’ Unique.

Jean Domon