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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le couperet

français  2h 2min - 2004

Réalisation : Réalisation : Costa Gavras; Scénario : Costa Gavras - Jean-Claude Grumberg
Interprétation : José Garcia - Karin Viard - Ulrich Kutur - Olivier Gourmet
Auteur :

Costa-Gavras a réalisé depuis 1965 (Compartiment tueur) maintes oeuvres qui ont fait date : Z (1969), L'aveu (1971), Missing (1981), Amen (2002). Cinéaste engagé, il a mis ses dons unanimement reconnus au service de ses idées, pourfendant Grèce des colonels, Chili de Pinochet, Vatican de Pie XII. Mortes les idéologies, il mène un autre combat.

Résumé :

Bruno, cadre très supérieur a été largué par sa boite, délocalisation obligeant. Depuis 2 ans et demi, il cherche du travail. Aux ravages de l'inaction, s'ajoutent les inquiétudes proches pour l'avenir de la famille. Comment éviter la lutte au couteau entre concurrents à l'embauche, entre prétendants très pointus et peu nombreux ? 5 à 6, une fois repérés par ses soins, Bruno va entreprendre de les éliminer les uns après les autres de manière expéditive. Au terme de cette geste d'une délinquance en col blanc peu banale, il sera l'heureux élu, le combat ayant cessé faute de combattants.

Analyse :

Gavras avec "Le couperet" assaisonne le pamphlet politique à la sauce polar. Et pour que le spectateur ne soit pas indisposé par le désespoir absolu qu'il nous livre, il le saupoudre d'un humour à fleur de film : on ne s'impose pas du jour au lendemain serial killer. Les circonstances vous jouent de vilains tours et le maniement d'un vieux luger peut vous réserver bien des surprises. Voici une banlieue résidentielle toute de coquets pavillons tels qu'on en rencontre à Saint-Nom-la-Bretèche ou dans le Connecticut. On y mène en famille la vie confortable d'un cadre très supérieur arrivé, disait-on naguère. Arrivé, car la délocalisation l'a muni d'un billet de retour : retour pour où ? Contraste de cet idyllisme ambiant et de l'angoisse de Bruno et des siens. On sait comment notre homme parvient à tirer son épingle du jeu dans la jungle des ressources humaines. Il va tuer "comme on zappe à la télé". Est-il besoin de longuement s'attarder sur la technique de la réalisation, venant d'un cinéaste qui n'a plus à faire ses preuves ? Toute une machinerie bien huilée au service d'une thèse que ne désavoueraient pas bien des altermondialistes : mais à la différence de ceux-ci, Gavras, le procès du néo-libéralisme expédié, ne discerne aucune espérance. Foin du clivage droite-gauche : l'économie aujourd'hui dirige, mais qui domine l'économie ? Bruno, pas davantage que ceux qu'il supprime, ne sont responsables de ce qui leur arrive. Demeure le constat ravageur : licenciés, les anciens de la tribu sont atomisés ; pire que des ennemis, ils sont devenus des concurrents. Et il ne fait pas bon pour eux de se plier au rituel du "maquignonnage", lorsqu'on a la chance d'y parvenir. L'exemple d'une jeune prédatrice donne froid dans le dos : elle-même peut être menacée d'être touchée à son tour, sinon par la grâce, du moins par "la veuve".

Jacques Agulhon