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Cinéma

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LE FILS D'ELIAS

Argentine    1h40

Réalisation :
Réalisation : Daniel Burmann ; Scénario : Marcelo Birjamer, Daniel Burmann ; Image : Ramiro Civita ; Musique : Cesar Lerner ; Producteur : Diego Dubcovsky.
Interprétation : Avec : Daniel Hendler (Ariel) - Adriana Alzemberg (la mère) - Jorge D'Elias (Elias) - Rosita Londner (la grand-mère)
Auteur : Daniel Burmann a 31 ans. Il a alterné documentaires et fictions. Au rang des premiers : "Sept jours à El Once". Parmi les seconds, au nombre de quatre : "En attendant le Messie". Cette nouvelle fiction, "Le fils d'Elias", en partie autobiographique, est au coeur des préoccupations de l'auteur, imprégné par la profonde crise argentine et ses conséquences sur la vie au jour le jour.
Résumé : Ariel vit avec sa mère qui tient une boutique de lingerie dans la galerie marchande du quartier juif de Buenos-Aires. Son père est parti en Israël alors qu'il était encore tout jeune, ce qu'il ne lui pardonne pas. Il n'a d'autre désir que d'émigrer en Europe, prétextant le passé polonais de sa famille et aiguillonné par une crise dont on ne voit pas l'issue. Il éveille chez sa grand-mère la nostalgie de ses racines et obtient, grâce à elle et aux vieux passeports reliques qu'elle lui confie, son visa de sortie. Mais le père, Elias, revient au pays et Ariel ne donne pas suite à son projet.
Analyse :
Caméra à l'épaule, Burmann filme à bout portant les rapides pérégrinations d'Ariel dans une galerie marchande peuplée de figures toutes plus pittoresques les unes que les autres. Il ne sait pas trop qui il est ni vers quoi il va, parfaitement à l'aise dans ce milieu, décrit avec beaucoup de tendresse, de commerçants vieillissants, anxieux de l'évolution des choses et de la fuite de la clientèle, mais qui ne se départissent jamais d'un humour qui pourrait être celui d'un Woody Allen sud-américain. On est surpris, dès les premières images, par les gros plans consacrés presque exclusivement à Ariel, comme animé d'une quête fiévreuse de rencontre en rencontre. Le malaise visuel s'apparente à celui des débuts de "Rosetta", mais on s'y habitue, et la caméra s'apaisera. Ariel, qui glande plus qu'il ne travaille, nous fait découvrir ce pittoresque microcosme de petites gens, habité d'une humanité à la Vittorio de Sica, mais aussi d'une causticité à la Dino Risi. L'Argentine fut longtemps terre promise pour maints italiens. Quant aux juifs, ce film reste l'occasion d'un clin d'oeil amusé de l'Histoire, pour celui qui se souvient que le pays fut longtemps terre de refuge privilégiée pour ne nombreux "pontes" nazis en fuite. On a évoqué Woody Allen, des grands du cinéma italiens. D'autres voient chez l'auteur quelque chose qui rappelle Truffaut. Par le choix, réel ou supposé, de ces "maîtres", Burmann se range dans les rangs du cinéma vérité. La vie, ce n'est jamais ni tout rose ni tout noir. Ariel, guéri des fantasmes d'un passé pour lui imaginaire, va forcer les portes de la vie. Ainsi l'auteur, en son temps, avait-il renoncé au voyage. Pour lui, le cinéma fut l'occasion de s'évader des rigueurs de la crise et de la désespérance à laquelle les protagonistes du film font face avec une grande dignité. Une fiction témoignage...
(Jacques Agulhon. Profil)