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Cinéma

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affiche

"Le grand silence"

Allemagne- 2H42

Réalisation :
Mise en scène et montage : Philip Gröning ; Scénario: Philippe Gröning et Nicolas Humber ; Images : Philippe Gröning ; Production : X-Verleih, Arte/ZDF, Bavaria films
Interprétation :  
Auteur :
Né en 1959, il s’est formé aux techniques du cinéma à Munich. Documentaires : en 2006, distinctions nombreuses dans les festivals. Films de fiction : « Les Terroristes »(1992- Léopard de bronze à Locarno ), « L’Amour »(2000). En 2006, nominé pour des prix en Allemagne, grâce à ce film « documentaire » sur les Chartreux « Le grand silence ». Prix spécial du jury au Sundance Film Festival 2006. Succès public en Allemagne.
Résumé :

C’est en 1984 que le cinéaste propose au Prieur de La Grande Chartreuse de tourner un film sur la vie des moines. On lui répond : venez nous voir dans douze ou quinze ans ! Il le fait et obtient finalement, 16 ans après, l’accord de tourner un film sur la vie contemplative et spirituelle des 21 moines. Que signifie le temps pour eux qui savent qu’ils ne quitteront jamais le monastère et leur cellule de leur vie ?  

Analyse :

Le premier plan du film est déjà tout le thème du film : un cadrage serré sur le visage d’un homme qui prie : on voit progressivement émerger de l’image, granuleuse, en clair obscur, son oreille, une partie de sa tempe, un morceau de joue….. La magie de ce film (tourné en numérique haute définition) tient à ce que chaque image est comme la révélation du monde, à la fois du Lieu (sur terre, la Maison), de la Nature (microcosme et macrocosme, le ciel étoilé, l’Univers), des Hommes (portraits de visages sereins et habités), du Travail des hommes (la cuisine, le jardin, les repas). Le jour, la nuit, l’hiver, l’été, la pluie, la lumière d’une bougie, un couloir, le crissement d’une bassine, les échos de chant grégorien, la ronde des chats, et la Lumière des regards, la force irradiante de la Prière, et ce silence, si plein, si intense.
La présentation répétitive avec des phrases de la Bible et du Christ, écrites sur tout l’écran, permet de capter notre attention et de relancer notre regard :
« Tu m’as séduit Seigneur, et je me suis laissé séduire ! »
« Quiconque ne renonce pas à tous ses biens pour me suivre ne peut être mon disciple ».
Il y a des images d’une force et d’une beauté incroyables. Le cinéaste ne peut les avoir tournées sans être lui même en profonde méditation, dans un état de prière et de recueillement, états qui ont dû être nécessaires aussi au montage ! La fabrication de ce film a pris 5 ans : 2 ans de préparation, 1 an de tournage (avec une caméra et pour une séquence deux caméras), 2 ans de travail de montage et de réalisation finale. La beauté rendue sur l’écran, grâce à la haute définition, et à l’intuition, à la rigueur du cinéaste, nous émeut et nous touche en profondeur. Le film (exceptionnel) nous invite à partager les moments de grâce des jours et des nuits de l’existence, de celle des moines, de la nôtre…
L’éphémère et l’éternité se côtoient, se frôlent. Le temps n’a plus le même contenu. Nous sommes au cœur du monde. Nous atteignons la spiritualité la plus quotidienne, celle qui naît de la fréquentation continue du Présent, par la seule observation de ce qui EST. Et alors, religieux ou pas, nous écoutons par notre regard, l’évocation de Dieu, « qui n’est pas dans le vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu » mais dans « un doux et calme murmure ». (1er Livre des Rois). (Alain Le Goanvic)