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Cinéma

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Le Labyrinthe de Pan

Espagne - Mexique 1h51 (festival Cannes 2006)

Réalisation :
Réalisation scénario et dialogues : Guillermo del Toro ; Photo : Guillermo Navarro ; Musique : Javier Navarette ; Décor : Eugenio Caballero
Interprétation : Sergi Lopez (Vidal), Ivana Baquero (Ofelia), Ariadna Gil (Carmen), Maribel Verdu (Mercedes), Doug Jones (Pan), Alex Angulo (le docteur)
Auteur :
Guillermo del Toro est né au Mexique en 1964. Il a déjà réalisé "Cronos" (1993), "Mimic" (1997), "L'échine du diable" (2001), "Blade 2" (2002), "Helleboy" (2004)
Résumé :

La guerre civile espagnole est finie depuis 5 ans et Carmen vient de se remarier avec un capitaine franquiste. Au cœur de la forêt dans une maison bourgeoise et dans une histoire apparemment « classique », une créature ambivalente entraîne Ofélia, la fille de Carmen, vers la quête de son royaume perdu.

Analyse :

Le film s'organise en deux récits parallèles : la traque impitoyable des anti-franquistes par Vidal et la mise à l'épreuve d'Ofélia par un faune découvert dans un labyrinthe attenant à la maison.
Sergi Lopez est admirable dans le rôle du vil capitaine Vidal dont il nous dit : "c’était comme de jouer le rôle du méchant loup dans le conte du « Petit chaperon rouge »". Le fascisme, nous dit Del Toro, comme représentation de l’horreur ultime …(est) « idéal pour raconter un conte de fée aux adultes… ».
Ivana Baquero est la douce et courageuse Ofélia : "il faut avoir du courage pour être une enfant, car on vous dit toujours ce qu’il faut faire et ce qu’il faut penser… "
Par la descente des escaliers vers le ventre de la légende, mêlant crainte et curiosité, peur et désir de savoir, Ofélia se révèle à elle-même, elle est comme re-créée. Le labyrinthe qu’elle va suivre et les épreuves nommées, et ordonnées par le faune se situent paradoxalement dans un temps à la fois présent et absent, le temps n’existe plus ou plutôt il est révélateur d’une vie mêlée de peurs et de courage.
Et Chronos dévorant ses enfants danse avec la caméra, accompagné de créatures fantastiques autour de ce banquet et de ces peintures évoquant Goya.
Le faune « à la fois terrifiant et sidérant » comme l’est le Festival de Cannes d’après son auteur ! Il en est le pilier puisqu’il permet de voir ce qui n’est normalement pas vu et donc de prendre une distance avec cette terrifiante proximité, de donner comme dans le mythe un langage à l’ambiguïté de l’invisible, nous donnant quelques repères que la démythologisation n’a pas chassés.
Dans ce contexte de 1944, dans une ambiance sombre (politique et mythique), ce film laisse émerger entre imaginaire et symbolique, une forme de rédemption possible toujours offerte de manière ambiguë…toujours échangée mais jamais donnée….
Et dans cet espace de légendes rêvées, où le temps et l’histoire s’imbriquent et se contrarient, loin d’une trop logique normalité de pensée, nous avons enfin la place pour nous mesurer au temps, à la vie, au monde, et à nous-même… Mais ceci est peut-être une autre histoire ! …
(Martine ROUX-LEVAIN)