Logo de protestants.org
Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

logo   

affiche

Le metteur en scène de mariages

-Italie – 1h40 (Un Certain Regard - Festival de Cannes 2006)

Réalisation :
Mise en scène, Scénario : Marco Bellochio – Images : Pasquale Mari - Décor : Marco Dentici - Montage : Francesca Calvelli - Son : Gaetano Carito - Musique : Riccardo Giagni - Production : Filmalbatros
Interprétation : Sergio Castellito (Franco Elica) – Donatella Finocchiaro (Bona Gravina) – Sami Frey (Il Principe) – Bruno Cariello (Baiocco) – Gianni Cavina (Orazio Smamma)
Auteur :

Marco Bellochio est un des représentants éminents (l’autre est Bertolucci) de la génération d’après guerre, contestatrice de l’ordre familial et social. « Les poings dans la poche »(1965), son premier film, annonçait mai 68, mais aussi « La Chine est proche « (1967). La famille, l’armée et la religion sont dénoncées dans leur pouvoir répressif : »Le saut dans le vide » (1979), « Au nom du Père »(1971), « Le diable au corps »(1986). On croyait Bellochio en fin de carrière… Or, il revient, avec « Le sourire de ma mère »(2001) et son dernier opus présenté à Cannes en 2006, avec un talent intact. Comme une nouvelle jeunesse !

Résumé :

Franco Elica, metteur en scène célèbre, vit une sorte de crise intérieure : sa fille se marie avec un catholique bon teint, qu’il n’apprécie pas ; et puis, il doit réaliser une énième version du film « Les fiancés » de Manzoni. Il décide de s‘enfuir en Sicile, mais là il rencontre un Prince cultivé mais ruiné qui lui propose de filmer le mariage de sa fille, dont il tombe amoureux…

Analyse :

D’emblée, il faut reconnaître que le physique d’homme de la quarantaine, mal rasé, blasé de la vie, mais esprit libre et indépendant, est magnifiquement incarné par Sergio Castellito (qui joue le même type de personnage que dans « Le sourire de ma mère »). L’histoire prend un tour rocambolesque quand Franco quitte Rome pour la Sicile. Sa fuite est-elle le résultat de séances de casting avec une jeune fille imbibée de religiosité et de pudibonderie ? Ou réprouve-t-il tellement le mariage de sa fille avec un « fervent » catholique, qu’il préfère s‘éloigner ? La religion catholique en tant qu‘institution est une fois encore clouée au pilori, mais de manière très indirecte. Bellochio égratigne aussi son pays : « En Italie, ce sont les morts qui commandent » déclare un cinéaste, lui-même… mort et dont le fantôme apparaît à Franco ! Il exulte, ce cinéaste, quand il lit dans le journal les hommages de la presse à son égard.
Beaucoup d’images de caméscopes numériques s’intercalent, s’immiscent dans les images argentiques et magnifiques du film : y a t il là une critique de cette technique à portée de tous, qui permet l’économie d’une vraie « mise en scène » ? Ainsi Franco donne une « leçon de cinéma » à un cinéaste apprenti, en lui pointant entre autres, l’importance du montage.
Disons que le charme du film tient à l’ironie permanente, qui permet la mise à distance (les regards de Castellito devant l’aberration des situations suffisent à nous faire rire !), la beauté époustouflante des images, et la bande sonore très travaillée. Il y a une inventivité, une profusion d’images et de sons qui trouvent leur accomplissement dans le feu d’artifice au-dessus du palais : tout cela donne un côté surréaliste, au détriment de la rigueur du récit. Le Prince, mystérieux et hiératique Samy Frey, a-t-il vraiment tué le mari de sa fille, scène que Franco est censé avoir filmée ? Le départ en train du cinéaste avec Bona qui clôture le film n’est-il aussi réel qu’un fantasme ?
Ce film séduit par sa vitalité dans l’expression, mais il n’est pas possible de prendre tout à fait au sérieux les dénonciations qu’il est censé contenir.

Alain Le Goanvic