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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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L'enfant

Belgique 2005 ;1H35

Réalisation : Scénario et réalisation : Jean-Pierre et Luc  Dardenne ; Image : Alain Marcoen ; son : Jean-Pierre Duret ; montage : Marie-Hélène Dozo ; Prod. : Les films du fleuve ; distr. : Diaphana.
Interprétation : Jérémie Régnier (Bruno), Déborah François (Sonia)
Auteur :

Jean-Pierre et Luc  Dardenne ont commencé par tourner des documentaires sociaux avant de se tourner vers la fiction. Le film qui les a fait connaître au plan international a été la Promesse (1996) dans lequel ils dénonçaient un sordide trafic de travailleurs immigrés clandestins. Puis sont venus, témoignant toujours de la misère humaine avec  la même force et la même humanité, Rosetta (Palme d'or à Cannes en 1999), puis Le Fils (2002).

Résumé :

Les héros de L'Enfant sont Sonia et Bruno. Lui a à peine vingt ans, elle un peu moins. Ils viennent de mettre au monde un bébé, Jimmy. Bruno vit de larcins, de combines, de petites magouilles. Tout cela sur un rythme effréné et dans une agitation perpétuelle. Il dévale son existence comme un torrent dont le courant ne lui laisse aucun temps pour réfléchir et le conduit jusqu'à un acte qu'il commet à la fois sous la pression de la nécessité et dans l'inconscience de ce qu'il fait : il vend Jimmy à un réseau qui fait le trafic de nouveaux-nés. "On en aura un autre", dit-il à Sonia. Horrifiée, elle lui ferme sa porte et ne veut plus le revoir. Commence alors pour Bruno, qui veut se racheter (en rachetant Jimmy), un terrible engrenage.

Analyse :

Il y a des constantes dans l'oeuvre des frères Dardenne. Déjà dans leur façon de filmer, haletante, la caméra à l'épaule, s'attachant à leurs personnages dans tous les sens du terme, les suivant sans relâche par des gros plans ou des plans rapprochés derrière lesquels on bute sur un horizon sans échappée. Par la situation psychologique et sociale de leurs héros, ensuite, toujours des éclopés de la vie et aussi dénués de perspectives que les cadrages qui les enferment. Par le cheminement de ces héros, encore, des êtres proches de l'enfance, oiselets pris dans un filet qui leur maintient la tête dans la boue de l'existence et qui se débattent pour en écarter les mailles et accéder à la lumière.
L'Enfant appartient bien à cette famille. Mais qui est cet "enfant" du titre ? Jimmy? Rien de moins sûr, car, enfants, ses parents le sont tout autant que lui. Dans leur immaturité ( celle de Bruno surtout, la maternité apportant un ancrage à Sonia )  ils font penser à des prématurés de l'existence, jetés trop tôt et sans couveuse sur le pavé du monde. Avec les déficiences qui en résultent, aussi bien sur le plan matériel que sur celui de l'incapacité à discerner les valeurs.
Sordide, Bruno ? Son acte, oui. Mais d'une part un être ne se résume pas à un  acte, d'autre part l'horreur inspirée par l'acte en question peut provoquer un point d'arrêt dans la descente aux enfers et servir de planche d'appel pour rebondir et en sortir. C'est là le credo des frères Dardenne qui savent, mieux que personne, faire partager l'empathie qu'ils éprouvent pour leurs personnages et affirmer l'existence d'étincelles d'humanité toujours prêtes à devenir brasier quand passe l'Esprit qui, on le sait, souffle où il veut.

Jean Lods