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Cinéma

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L'enfer

(France 2005 ; durée 1 H 35)

Réalisation : Réalisation : Danis Tanovic ; Scénario : Krystof Presiewicz ; Image : Laurent Dailland ; Musique : Dusko Segvi et Danis Tanovic ; Son : D. Bombey, Ludovic Escallier, Cyrill Holtz ; Produit par : Cedomir Kolar et Marc Baschet.
Interprétation : Emmanuelle Béart (Sophie), Karin Viard (Céline), Marie Gillain (Anne), Carole Bouquet, Jacques Gamblin, Jacques Perrin, Guillaume Canet, Jean Rochefort.
Auteur :

Danis Tanovic, né en Bosnie, filme des documentaires à Sarajevo, dont l'Aube et ça ira, et a produit plus de 300 heures de rushes pendant le siège de la ville (responsable des archives des films de l'armée bosniaque). Puis No man's land (2000) prix du meilleur scénario à Cannes. L'Enfer s'inspire de la trilogie Paradis, Enfer, Purgatoire de Krystof Kieslowski et Krystof Piesievicz.

Résumé :

Une vieille mère paraplégique, trois jeunes femmes, trois sœurs qui ne se fréquentent guère. Seule l'aînée, célibataire, accomplit son devoir filial en visitant régulièrement la vieille femme dans son refuge médicalisé du Loiret. Toutes trois conjuguant le douloureux souvenir de la fin du père, pour les deux plus jeunes, l'enfer quotidien de relations amoureuses marquées au coin du péché. Céline, l'aînée, reçoit presque par hasard la révélation des circonstances ayant provoqué l'opprobre contre le père puis sa fin précipitée : elle y voit l'occasion de rassembler la fratrie autour du fauteuil de la mère paralytique et peut-être un espoir de réconciliation et d'apaisement.

Analyse :

Le générique nous montre, comme le caressant, un nid, une nichée, l'hostilité de l'environnement, la chute d'un oisillon et la main miséricordieuse de l'homme qui, avec une douceur infinie, restitue le nouveau-né à la douceur du cocon familial. Cet homme sort de prison, cet homme va retrouver sa famille qui va le rejeter.. Plus tard, les enfants, les oisillons, les filles émancipées, connaîtront les tourments de l'enfer par la veulerie des hommes. Sitôt sortis du nid, la vie n'est pas tendre. Tanovic nous conduit d'un enfer, celui de l'ex-Yougoslavie, à un autre, celui du drame familial et des déchirements du cœur et de la chair. Il nous donne à voir des femmes toutes martyrisées, "mulieres dolorosae" et sa compassion pour ces êtres n'est pas sans évoquer celle d'Almodovar (celui de Tout sur ma mère). Habileté de la caméra, splendeur des images mises au service d'un récit où l'auteur retarde à l'extrême le retour en arrière décisif, prolongeant de la sorte longtemps l'épuisement du suspense. On retiendra l'immense regard chaviré de Cécile, vierge effarouchée en proie au souvenir du drame créateur. La déchirure amoureuse de Sophie aux limites de la démence. Et la composition de la mère, Carole Bouquet, à contre-emploi, hiératique statue du commandeur au féminin, vieillard à jamais emmurée dans les séquelles du drame de sa vie. Certains, et non des moindres, ont fait la fine bouche à la vue de ce film : peut-être par conformisme rédactionnel ? Je ne partage pas, bien au contraire, cette façon de voir : à vous de juger …

Jacques Agulhon