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Cinéma

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Le Pressentiment

France, 2006, 1h40

Réalisation :
Jean-Pierre Darroussin, d’après le roman éponyme d’Emmanuel Bove ; Adaptation et scénario : Jean-Pierre Darroussin et Valérie Stroh ; Image : Bernard Cavalié ; Musique : Albert Marcoeur ; Producteur : Patrick Sobelman ; Production/Distribution : Agat Films & Cie, Bac Films, France2 Cinéma.
Interprétation : Jean-Pierre Darroussin (Charles Benesteau), Valérie Stroh (Isabelle Chavasse), Amanda Jannin (Sabina Josic), Hippolyte Girardot (Marc Benesteau), etc.
Auteur :

Connu comme acteur, Jean-Pierre Darroussin signe ici sa première mise en scène, « quelque chose qui me taraudait depuis le Conservatoire ». Né en 1953 à Courbevoie, fils d’étameur, il étudia au Conservatoire national d’Art dramatique (1976) en même temps que Catherine Frot et Ariane Ascaride, qui joueront un rôle important dans sa carrière. C’est d’abord avec Frot le théâtre (la Compagnie du Chapeau rouge). Il débute au cinéma en 1981 dans des comédies, puis se fait remarquer pour son rôle de beatnik dans Mes meilleurs copains (Jean-Marie Poiré, 1989), mais c’est son association avec les tandems Ascaride-Guédiguian, notamment : A la vie à la mort ! (1995 ), Marius et Jeannette (1997), Marie-Jo et ses deux amours (2002), puis avec Jaoui-Bacri : Cuisine et dépendances (1993), Un air de famille (1997, César du meilleur second rôle) qui impose son style détaché et attachant. On retrouve Guédiguian (par sa société de production Agat Films) dans le Pressentiment.

Résumé :

Charles Benesteau s’est isolé de son milieu familial et social de grands bourgeois, qui le révolte. Dans le quartier modeste où il s’est installé, Sabrina, une fillette de ses voisins, est livrée à elle-même après que son père eut assommé sa mère. Il la recueille, lui rend goût à la vie et confiance en elle, mais s’expose à l’incompréhension malveillante, personnifiée par Isabelle Chavasse qui, chargée de s’occuper de Sabrina, la prend en grippe. Tout finira bien : la mère sortie de l’hôpital retrouve sa fille avec reconnaissance, et le détachement de la vie manifesté par Charles semble bien, au sortir du songe où il assiste à son propre enterrement, prendre un air plus guilleret...  

Analyse :

Cela avait été un plaisir que de voir débarquer sur nos écrans la nonchalance ahurie et paisible, mais souvent riche de convictions, de Jean-Pierre Darroussin. On le retrouve ici comme acteur et réalisateur d’un film sans grandes surprises, et peut-être un peu lent. Aux fort relents d’auto-portrait (il occupe l’écran en permanence), le personnage pacifique, désabusé mais aimant et volontaire joué par Darroussin est sympathique, en opposition à celui de Valérie Stroh, hérissée de certitudes sommaires. Le film nous propose plusieurs pistes en formes de contrastes : contraste entre les deux environnements de Charles, étranger aussi bien à sa famille Benesteau, caricature d’imbéciles odieux, qu’au petit peuple de sa cour d’immeuble, qui n’a non plus ni beaucoup de cœur ni beaucoup de cervelle ; entre Sabrina confrontée au monde des adultes dont elle n’attend absolument rien, et Sabrina épanouie instantanément auprès du jeune Chavasse, comme finalement elle pourra l’être avec Charles, cet adulte immature ; entre Charles vide, capable seulement de fuir, peinant à écrire sur les feuilles blanches de son livre-prétexte, et Charles réanimé par le besoin d’affection de Sabrina ; entre son attitude envers elle et sa mère, compassion et complicité, et celle des autres adultes, occupés à juger avant toute chose.
Plaidoyer chaleureux contre l’égoïsme et le rejet, et pour le courage de ‘changer la vie’ – d’abord la sienne – le récit du Pressentiment se conclut en queue de poisson : cet adieu que Charles met en scène en rêvant son cortège funèbre, il l’a déjà engagé par sa fuite dans un monde qui ne peut être le sien, par sa stérilité d’écrivain, par ses oublis de s’alimenter, par ses syncopes ; mais on ne saura pas si, de son angoisse devant le diagnostic (réel ou redouté ?) d’une tumeur au cerveau, explication naïve de sa bizarrerie, il émerge pour revivre, ou pour finir apaisé. (Jacques Vercueil)