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Cinéma

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Le promeneur du Champs de mars

(France, 2005, 1h57)

Réalisation : Mise en scène : Robert GUEDIGUIAN ; Scénario : Gilles TAURAND ; Georges-Marc BENAMOU ; Directeur de la photographie : Renato BERTA ; Production : Agat Film & Cie, Film oblig, Arte France Cinéma ; Distribution : Pathé Distribution
Interprétation : François Mitterrand : Michel BOUQUET - Antoine Moreau : Jalil LESPERT - Docteur Jeantot : Philippe FRETUN - Jeanne : Anne CANTINEAU - Judith : Sarah GRAPPIN - Mado : Catherine SALVIAT - René : Jean-Claude FRISSUNG
Auteur :

D’origine arménienne et allemande, Robert Guédiguian a grandi dans le quartier de l’Estaque à Marseille. Fils de docker, il entame des études supérieures en sociologie. Déçu par la politique, Robert Guédiguian trouvera dans le cinéma une nouvelle manière de s’engager. Quelques titres de sa filmographie : 1980 : Dernier été - 1995 : A la vie à la mort - 1998 : Marius et Jeannette - 2000 : La ville est tranquille - 2002 : Marie-Jo et ses 2 amours

Résumé :

Ce film raconte les derniers mois de François Mitterrand. Un homme d’Etat qui a commencé sa carrière politique 50 ans auparavant, qui a marqué l’histoire de son empreinte. Un homme malade et mourant, que le pouvoir a maintenu en vie. Un homme qui prend à témoin un jeune journaliste, Antoine, de sa mémoire sélective et de sa vision de la vie, sage et dépassionnée. Il faut savoir être indifférent pour durer.

Analyse :

Un film sur la fin. La fin d’un règne. La fin d’un style de gouvernement. La fin d’une incarnation du pouvoir. La fin d’un homme. Cette fin est pleine de dialogues mordants et empreinte de souffrance d’un homme qui est miné par sa maladie, face à la mort. Mais le pouvoir permet de tenir. Du moins, la conviction d’incarner le pouvoir permet de s’acharner à tenir debout, digne et clairvoyant quant à l’avenir. Le portrait de ce Président, pas ordinaire, a été réalisé par un fils. Un fils qui veut se réconcilier avec son père. A l’image de ce baiser, donné par une jeune fille (la fille de Guédiguian) au promeneur du Champs de mars. Les fils ont accepté l’héritage du père et lui déclarent un amour certain.
L’image des Présidents est protégée en France. Elle est distante, hiératique. Rares sont les cinéastes qui ont osé passer de l’autre côté du miroir et donner une incarnation à une représentation. Guédiguian nous la propose, avec un style de mise en scène très simple, avec un rythme tout en douceur. Nous pénétrons dans l’humanité d’un homme qui a marqué l’histoire de la République. A l’image de ce journaliste candide et incertain qui découvre la fragilité d’un homme.
Antoine, au chevet d’un homme mourrant, cherche un sens à sa vie, à ses convictions politiques. Il se laisse happer par une fascination pour cet homme exceptionnel. Il s’oublie, il se cherche. Allant même jusqu’à reproduire des attitudes ou des paroles. L’attitude de ce journaliste se rapproche de celle des spectateurs dans la salle de cinéma : ils s’esclaffent aux bons mots, ils ricanent avec lui sur la prédiction du destin de la République.
Saluons le style de Guediguian qui a foi en l’homme et en son humanité. Il nous donne à voir un film sur un Président pas ordinaire. Saluons cette initiative assez rare de filmer un Président sans être taxé de courtisan ou adversaire, mais simplement d’un artiste engagé proposant une réflexion sur le pouvoir. Peut-il s’exercer selon une froide indifférence prônée par Mitterrand ? Ou à l’autre extrême, selon des calculs rationnels de boutiquier ? Est-ce cela qui fait rêver ou se soulever un peuple ? Y aura-t-il un jour une place pour l’humanité ?

Anne-Laure Dumortier