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Cinéma

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Les sept jours

Israël - France - 2008 - 1H55

Réalisation :
Réalisation et scénario : Romit et Shlomi Elkabetz - Dir. Photo : Yaron Sharf - Montage : Joëlle Alexis - Son : Itay Eloaf - Musique : Michel Korb, Sergio Leonardi - Production : Thaleia Production, July August Production - Distribution : Les Films du Losange
Interprétation : Ronit Elkabetz (Vivianne) - Simon Abkarian (Eliahou) - Yaël Abecassis - Moshe Igvy - Hanaa Laszlo - Albert Ilouz Keren Mor - Alon Aboutboul - Evelyne Agoel - Rafi Amzaleg
Auteur :

Roni et Shlomi Elkabetz sont nés en Israël de parents d’origine marocaine. Roni, la sœur, a déjà une belle carrière d’actrice. On l’a vue dans « Mon trésor »de Keren Yehaya (2004) et surtout « La visite de la fanfare » d’Eran Kolirin (2007). Shlomi est scénariste. Ils ont réalisé ensemble un premier film en 2003 : « Prendre femme » qui a obtenu le Prix de La Critique à Venise en 2004. "Les sept jours" a été présenté en ouverture de la Semaine de la Critique à Cannes en 2008

Résumé :

Israël, 1991. Toute la famille Ohaion pleure la disparition de l’un des siens. Fidèles à la tradition, les proches se réunissent dans la maison du défunt, où ils doivent s’y recueillir pendant sept jours. Jour et nuit, ils sont ensemble et la cohabitation devient vite difficile !

Analyse :

Un bel exemple, un de plus, de la force du cinéma israélien, qui doit sa pertinence à la façon d’aborder et d’exposer, sans tabous ni restriction mentale, les lignes de force d’une société contrastée, peuplée de juifs de tous horizons, et traversée de contradictions. Ici, ce n’est pas tant la Tradition qui est mise en cause. En fait, les cinéastes mettent en situation une famille, la filment comme un corps unique, aux multiples têtes. S’il y a critique sociale (on se souvient de « Prendre femme »), elle est ici indirecte. Il n’y a pas de condamnation, plutôt un constat.
La famille est mise en scène, et cela de façon remarquable. Le plus souvent filmée en plans-séquences, saisie sur le vif et comme ramassée, et sans échappatoires, vivant par convulsions le deuil de Maurice, un des fils, un des frères, la fratrie ne consent que de manière formelle au respect de la tradition. En fait, le confinement de quelque vingt personnes, dont on distingue difficilement au début les liens de parenté, va entraîner un affrontement verbal et physique pour faire sortir quelques vérités enfouies, la jalousie latente, les rivalités amoureuses… Les allusions sur les questions d’argent montrent que le business a profité à certains et pas à d’autres !
En plus du travail de mise en scène, il y a le travail d’acteurs, une performance physique, des mouvements dramatisés mais sans exagération, comme un choeur antique qui déclame les difficultés de vivre ensemble, de se comprendre. La névrose familiale se déroule implacablement sous les yeux de la mère, silencieuse, le visage boursouflé, grimaçant de douleur et de désapprobation. La gifle qu’elle donne au fils aîné, jugé défaillant et à ses yeux indigne, mettra un point d’orgue à la dramaturgie !
Quelques moments d’humour et d’ironie apparaissent, telles les deux alertes aériennes (nous sommes en 1991, en pleine guerre du Golfe) où tous les membres de la famille, sauf la mère, s’emploient à mettre leur masque à gaz. La sortie finale, avec la fin des sept jours, est magnifiquement… théâtrale !

Alain Le Goanvic