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Cinéma

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Les amitiés maléfiques

français 2006

Réalisation :
Réalisation : Emmanuel Bourdieu ; Scénario : Emmanuel Bourdieu, Marcia Romano : Images : Yorik Le Saux ; Son : François Guillaume ; Montage : Benoit Quinon ; Musique : Grégoire Hetzel
Interprétation : Malik Zidi (Eloi), Thibault Vinçon (André), Alexandre Steiger (Alexandre), Natacha Régnier (Marguerite), Dominique Blanc (la mère d'Eloi), Jacques Bonnaffé (le professeur).
Auteur :
Emmanuel Bourdieu débute au cinéma comme scénariste : "Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle)", "Esther Kanh" d'Arnaud Desplechin, "Place Vendôme" de Nicole Garcia, "Il est plus facile pour un chameau..." de Valeria Bruni Tedeschi. En 2001 il obtient le prix Jean Vigo pour "Candidature", moyen métrage qu'il écrit et réalise. Parallèlement à sa carrière cinématographique il écrit et met en scène pour le théâtre. En 2004 il réalise son premier long métrage, "Vert paradis". "Les amitiés maléfiques" est son deuxième long métrage.
Résumé :

Eloi, Alexandre et André sont étudiants en lettres. Eloi et Alexandre évoluent sous l'influence d'André qui devient leur mentor, leur directeur spirituel... Ils mettront du temps à s'apercevoir que l'aura dont ils avaient paré André reposait sur des mensonges.

Analyse :

C'est le portrait d'un imposteur qui nous est livré à travers ce film, personnage dont on imagine assez bien qu'il peut se rencontrer dans n'importe quel milieu. Mais le monde des étudiants est sans doute un milieu particulièrement propice à sa manifestation : dans cette période charnière l'avenir est encore à construire et les projets les plus ambitieux peuvent s'exprimer avec plus ou moins de conviction. C'est le désir d'écrire qui est aussi un élément central de ce récit. Ce désir est-il légitime ? Qui peut avoir l'audace de s'y lancer sans risquer la déception ou le ridicule? Faut-il publier des livres sans nécessité parce qu'"on n'a pas eu assez de caractère pour s'en empêcher" ? André veut donc convaincre ses camarades qu'il convient de résister à ce désir et que ce renoncement est une preuve de lucidité et de supériorité... Pour arriver à ses fins il ne recule devant aucune manoeuvre ni devant aucun mensonge. Ce n'est que peu à peu qu'Eloi et Alexandre arriveront à s'émanciper de sa tutelle et parviendront à tracer leur chemin, chemin qu'André semblait vouloir leur interdire.
La situation d'écriture étant une situation particulièrement peu "cinématographique", on n'en voit que les entours (le désir de s'y livrer, l'angoisse de ne pas être reconnu et publié, la vulnérabilité aux critiques...). Ce qui est particulièrement bien rendu dans ce récit c'est l'emprise exercée par André sur ses camarades et l'impossibilité pour eux d'y échapper. Seul le départ d'André, pris au piège de ses propres mensonges, le leur permettra.
Les jeunes acteurs qui incarnent ces personnages sont particulièrement convaincants. Jacques Bonnaffé et Dominique Blanc ne le sont pas moins dans des rôles d'adultes confrontés soit au tutorat de ce désir d'écrire soit à la difficulté de l'écrivain à supporter la critique.
Lors de la scène finale, poignante, André, bien que "démasqué", s'efforce de sauver la face en réaffirmant que son intransigeance a été formatrice et qu'il a été pour Eloi et Alexandre leur meilleur conseil et leur meilleur juge. Cela signifie-t-il qu'il n'a rien appris de son échec personnel ou simplement qu'il veut sauver la face ? Ou peut-être même qu'il a en partie raison ?
(Maguy Chailley)