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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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       Les bureaux de Dieu

                    2008, France, 2 h

Réalisation :

Réalisateur: Claire Simon - Scénario: Claire Simon, Natalia Rodriguez, Nadège Trébal - Photographes : Philippe van Leeuw, Claire Simon - Compositeur : Arthur Simon - Monteur : Julien Lacheray - Décorateur: Raymond Sarti - Son : Olivier Hespel - Production: Les Films d’ici, ciné@, La Parti Production (Belgique) - Distribution : Shellac.

Interprétation : Anne Alvaro (Dr Marianne), Nathalie Baye (Anne), Michel Boujenah (Dr Lambert), Rachida Brakni (Yasmine), Isabelle Carré (Marta), Lolita Chammah (Emmanuelle), Béatrice Dalle (Milena), Nicole Garcia (Denise), Marie Laforêt (Martine), Marceline Loridan-Ivens (Marceline), Emmanuel Mouret (Pierre).
Auteur :

Née à Londres en 1955, Claire Simon grandit dans le Var, fait des études d’ethnologie, d’arabe et de berbère, débute par le montage à la Cinémathèque d'Alger et tourne ses premiers courts-métrages au milieu des années 70. Scénariste et directrice de la photographie de plusieurs de ses films, elle découvre les vertus du cinéma direct aux Ateliers Varan et décide d’orienter son œuvre vers le documentaire mais en essayant « de filmer des gens qui étaient d’une certaine manière travaillés par la mythologie de la fiction ». Les patients, Récréations et Coûte que coûte ont été primés dans de nombreux festivals.

Résumé :
Djamila aimerait prendre la pilule parce qu’avec son copain c’est devenu sérieux. La mère de Zoé lui donne des préservatifs mais la traite de pute. Nedjma cache ses pilules car sa mère fouille dans son sac. Adeline et Margot auraient aimé le garder…  Anne, Denise, Marta, Yasmine, Milena sont les conseillères qui reçoivent et écoutent chacune se demander comment la liberté sexuelle est possible. Dans les bureaux de Dieu on rit, on pleure, on est débordées. On y danse, on y fume sur le balcon, on y vient, incognito, dire son histoire ordinaire ou hallucinante.
Analyse :

Voici la très passionnante fiction d’une documentariste qui démontre qu’avec la méthode Simon le sens sort magnifié d’une mise en scène qui déploie l’éventail des enjeux des consultations du Planning Familial, mieux que ne l’aurait peut-être fait le tournage purement sociologique de la réalité de ces consultations. Ainsi, basé sur des observations sur carnet et au magnétophone effectuées entre 2000 et 2007 à Paris, Bordeaux, Grenoble et Saint Denis, le film entre fictivement, mais avec un souci pédagogique évident, dans l’intimité des entretiens des conseillères. Pour parvenir sur cette scène dramatique, zébrée de moments comiques, il faut monter vers « les bureaux de Dieu », situés au 5ème étage d’un immeuble qui donne sur les toits, et où se jouent les histoires, certes individuelles, mais toujours existentielles de chacune de ces femmes de tous milieux et de toutes conditions. Le dispositif mis en place est original : les professionnels du Planning, c’est à dire les conseillères, les médecins, les stagiaires, sont joués par des «stars» fonctionnant comme des modèles de femmes libres (cf le manifeste des 343 «salopes» célèbres). Celles-ci rencontrent et écoutent, pour la première fois lors de la première prise, les consultantes jouées par les inconnues du casting, au service du texte des inconnues enregistrées préalablement lors des repérages. Un cours d’éducation sexuelle illustré à des lycéennes impressionnées mais ricanantes et une réflexion en staff des conseillères s’articulent avec fluidité aux consultations proprement dites auprès de jeunes ou de moins jeunes femmes, venues seules ou avec un compagnon ou une amie. Un très brillant plateau d’actrices prête généreusement son talent à cette démonstration convaincante, au sein duquel se signale aussi avec son humour décalé le réalisateur-acteur Emmanuel Mouret. Au total il y a là une très jolie démarche chorale qui réussit à fusionner harmonieusement le travail des acteurs chevronnés et des non professionnels. Le film montre avec générosité que trente ans après la loi Weil les mêmes questions, les mêmes craintes et les mêmes révoltes habitent chaque nouvelle génération de femmes confrontée à l’hostilité, l’indifférence ou au mieux l’ignorance des hommes. On n’oubliera pas de sitôt le reflet sur leurs visages de la détresse des consultantes et de l’empathie des écoutantes ni la poignante séquence finale.

Jean-Michel Zucker