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Cinéma

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Les citronniers

Israël – 2007 – 1h46

Réalisation :
Réalisation : Eran Riklis - Scénario : Eran Riklis, Suhan Arraf – Dir. Photo : Rainer Klausmann - Montage : Tova Ascher – Musique : Habib Shehadeh Hanna – Distribution : Ocean Films
Interprétation : Hiam Abbas (Salma) – Ali Suliman – Rona Lipaz Michael (l’avocat)
Auteur :

Réalisateur de « Zohar » (1993), « Vulcan Junction » (2000) et surtout de « La fiancé syrienne » (2004), qui lui vaut une notoriété internationale. « Les citronniers » a eu le Prix du Public au Festival de Berlin (2007).

Résumé :

Salma, une veuve de 45 ans, vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie et s’occupe de sa plantation de citronniers, léguée par son père ; elle est aidée par son fidèle serviteur. Mais, pour son malheur, le ministre de la Défense israélien s’installe avec sa femme, dans une magnifique villa, au bord de la plantation. Les services secrets décident de détruire les citronniers, pour assurer la sécurité du ministre.

Analyse :

À l ‘écoute du jeune cinéma israélien, il est possible de considérer ce film comme une approche distanciée de la propagande officielle comme pensée unique (contre le terrorisme tout est permis). Au-delà des combats politico-militaires, il y a des hommes et des femmes qui tentent de coexister dans les territoires occupés…
L’histoire de Salma est racontée simplement, de manière limpide, parfois un peu artificielle. Elle va résister à la menace officielle, avec ténacité et courage. Mais que peut -elle faire ? Israël est une démocratie. Elle prend un avocat (palestinien) et assigne l’armée devant les tribunaux. Refus signifié clairement, au nom de la sacro-sainte sécurité. Alors elle ira jusqu’à la Cour Suprême, qui rendra un jugement de Salomon…
Le ministre se contente de soutenir la thèse des services de sécurité, le verger peut cacher des terroristes. Le traitement du personnage manque d’épaisseur psychologique, peut être parce qu’il n’a pas d’états d’âme ? L’intérêt du film est probablement plus dû à la relation subtile qui se noue entre Salma et la femme du ministre, qui ira jusqu’à dénoncer l’injustice de la situation. Or, elles ne se parlent pas, mais échangent de longs regards, où percent l’humanité, la compréhension. La relation amoureuse de Salma avec le jeune avocat semble une faiblesse du scénario, car elle sert de prétexte pour montrer le poids des « conseillers » palestiniens, qui la désapprouvent. Également, l’attentat palestinien pendant la pendaison de la crémaillère est plaqué dans le récit. Le réalisateur place aussi quelques personnages israéliens, ouverts, comprenant la situation où se trouve Salma mais ne faisant que cautionner l’occupation et la spoliation. Même le ministre a des propos pleins de compréhension, concernant l’arrachage des oliviers qu’il condamne puis tout de suite après, justifie pour la « défense du pays ». Cette hypocrisie révolte son épouse, qui décide de quitter son mari.
Un aspect important : la caméra filme le fameux (hélas) mur qui impose une démarcation apparemment définitive entre les deux peuples. Les images parlent d’elles-mêmes et annoncent encore des lendemains difficiles. Côté Israël : sur la véranda, un mur ! Côté palestinien : des arbres coupés mais qui repoussent !

Alain Le Goanvic