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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le sel de la mer

(Milh hadha al-bahr)

Palestine-France 2008, 1h49

Réalisation :
Scénario, dialogues et réalisation : Annemarie JACIR ; Images : Benoit CHAMAILLARD - Musique : Kamran RASTEGAR - Son : Eric VAUCHER - Montage : Michèle HUBINON ; Production : Jacques BIDOU, Marianne DUMOULIN, Pierre-Alain MEIER, Annemarie JACIR, Danny GLOVER & Joslyn BARNES
Interprétation : Suheir HAMMAD (Soraya), Saleh BAKRI (Emad), Ryad DIAS (Marwan)
Auteur :

Le premier long-métrage d’Annemarie JACIR est aussi le premier long métrage palestinien tourné par une femme. Née en 1974 à Bethléem, la réalisatrice a grandi en Arabie Saoudite puis fait ses études et commencé à travailler aux Etats-Unis. Cinéaste « indépendante », remarquée à plusieurs festivals pour ses court-métrages dont A post Oslo history (1998), The satellite shooters (2001) et Like twenty impossibles (2003), elle écrit, réalise et produit, mais fut aussi chef monteuse, cadreuse, et elle enseigne le cinéma. Comme son héroïne Soraya (jouée par une actrice également poète), A. JACIR a décidé de vivre à Ramallah où elle écrit actuellement son prochain film When I saw you.

Résumé :

Soraya, jeune femme américaine d’origine palestinienne, a grandi aux Etats-Unis de parents émigrés après la nabka (la catastrophe, l’invasion israélienne de 1948). Aujourd’hui, elle veut retourner vivre « dans son pays », à Ramallah (Cisjordanie) – dont les habitants rêvent, eux, de s’enfuir pour échapper à un horizon bouché. Revendiquant, au delà de son passeport américain, ses origines palestiniennes, Soraya se heurte à d’innombrables barrières qu’elle ressent comme un déni de son droit. Refusant d’être « touriste », elle veut organiser ici sa nouvelle vie, récupérer l’argent de sa famille laissé autrefois dans une banque locale, revoir la maison de ses parents, visiter les ruines d’un village lieu d’un massacre en 1948 ; elle finit par se retrouver criminelle, clandestine et expulsée.

Analyse :

Les entraves militaro-bureaucratiques qui encerclent la vie quotidienne des palestiniens sont moins présentes dans notre perception que les violences directes de la guerre. Cette situation a déjà été évoquée au cinéma – Le mariage de Rana, Intervention divine, Les citronniers ­– mais sa violence est ici rendue plus vive par le choc de la découverte qu’en fait Soraya, nouvelle arrivée. Cette perception subjective restera la marque et l’apport de ce film, qui nous parle palestinien sans se soucier d’être « politiquement correct » ni de mettre du malheur des deux cotés de la balance – mais cela ne tourne pas au manichéisme, comme le montre le beau personnage de l’israélienne dans la maison des parents. A se trouver en faute sans cause par le seul fait d’exister ou d’y prétendre, Soraya ne sait plus où est le juste, le droit, et s’engage dans une révolte désespérée, absurde contre l’absurde.
Un film vivant, bien construit, dont on suit avec intérêt le déroulement. L’humiliation, la souffrance, la frustration impuissante sont efficacement exprimées, et si le scénario ne s’encombre pas de vraisemblance dans les détails (la décision et la réalisation du braquage de la banque ? les fraîches pierres tombales de Dawayma ?) il faut savoir, par exemple, que la succession absurde d’interrogatoires vexatoires que subit Soraya a été vécue exactement par Annemarie JACIR lors de la première mondiale de son film, à Ramallah dans le camp de réfugiés d’Amari, où elle n’a pu se rendre.

Jacques Vercueil