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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le silence avant Bach

Allemagne/Espagne, 2008, 1h42mn

Réalisation :

Réalisateur : Pere Portabella - Scénario: Xavier Alberti, Pere Portabella, Carles Santos - Photographie : Tomas Pladevall - Son : Albert Manera - Montage : Oskar Xabier Gomez - Décoration: Quim Roy - Production : Helena Goma, Pascual Otal, Pere Portabella - Distribution: Medula Films France.

Interprétation :

Christian Atanasiu (Majordome), Alex Brendemühl (Camionneur), Féodor Atkine (Vendeur de piano), Christian Brembeck (JS Bach), Daniel Ligorio (Mendelssohn), Georg C. Biller (le « cantor »), Ferran Ruiz (Fils de Bach), Georgina Cardona (Violoncelliste).

Auteur :

Presque octogénaire actuellement, Pere Portabella est une personnalité du cinéma catalan alternatif. Il monte en 1959 une société de production aux côtés de Bunuel (Viridiana), Saura, et Ferreri. Son langage cinématographique radical décrit et critique la société franquiste dans laquelle il vit. Il s’engagera dans la vie politique en 1975 et reviendra au cinéma en 1990 avec Le pont de Varsovie. Son dernier film a été présenté à Venise 2007.

Résumé :

Johann Sebastian Bach arrive avec sa famille à Leipzig pour occuper le poste de "cantor" de l'école Saint-Thomas. Fervent dévot et travailleur inlassable, c’est un homme modeste et sa position sociale est loin d'être privilégiée: Bach n'atteindra la gloire que dans les siècles futurs. Autour de cet argument, quasi anecdotique, se tisse une trame serrée où cohabitent art, histoire, et surtout le travail et la discipline que supposent la création musicale, elle même élément à part entière du récit.

Analyse :

Le ton de ce cinéma avant-gardiste et conceptuel est dès l’ouverture donné par un long travelling à ras de parquet sillonnant un appartement vide et totalement silencieux jusqu’au moment ou la caméra s’arrête sur un piano mécanique qui va, métaphore de l’itinéraire musical proposé, se déplacer sur ses roulettes et faire entendre les Variations Goldberg : est-ce le silence avant Bach ? ou est-ce le vide d’avant Bach, le vide musical ? Dès lors, la déconstruction des conventions narratives comme de tout suivi psychologique des personnages devient évidente et le film se déroule comme une exigeante mais passionnante variation sur la Musique, l'Histoire, et la Culture. Tour à tour, dans l’irrespect assumé des repères biographiques ou de toute illustration musicale, la composition quasi abstraite du film déroule une suite de facettes et oblige le spectateur à un intense travail intellectuel associatif autour de la musique de Bach. Nous rencontrons Anna-Magdalena et un fils de Bach ; une descendante du musicien nous emmène sur la tombe du Cantor de St Thomas ; nous assistons à la redécouverte miraculeuse de la partition de la Passion selon St Matthieu enveloppant la viande cacher que le pieux Mendelssohn va acheter chez son boucher!... Et puis à tous moments, savamment agencées, les musiques de Bach, Mendelssohn, Ligeti en contrepoint avec les images: une brochette de violoncellistes à l’archet ardent, une forêt des tuyaux d’orgue, le chœur d’enfant de St Thomas, le défilé des partitions, et l’omniprésent piano mécanique et sa chute surréaliste en mer. Cette installation descriptive de l’atmosphère Bach, en de fascinantes images fluides et musicales, évoque parfois Straub et Lhuillet. En convoquant à la fois différentes langues et différents lieux de l’Europe, à différentes époques de son histoire, mais en refusant que les arts cinématographiques et musicaux soient soumis aux impératifs de la consommation de masse le cinéaste réalise un film aussi universel que la musique de Bach.

Jean-Michel Zucker