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Cinéma

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Le silence de Lorna

Belgique 2008 1h45

Réalisation :
Scénario et réalisation : Jean-pierre et Luc Dardenne ; Photo : Alain Marcoen ; Décor : Igor Gabriel ; Son : Jean-Pierre Duret ; Montage : Marie-Hélène Dozo
Interprétation : Arta Dobroshi, Jérémie Rénier, Fabrizio Rongione, Alban Ukaj, Morgan Marinne, Olivier Gourmet
Auteur :

Jean-Pierre et Luc Dardenne sont de nationalité belge. Jean-Pierre est né en 1951, Luc en 1954. Ils ont d'abord réalisé ensemble des documentaires sociaux. Le film qui les a fait connaître au plan international est "La promesse" (1996). Ensuite "Rosetta" (1999) qui a obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes. Puis "Le fils" (2002) et "L'enfant" (2005). Toujours centrés sur des gens simples et même paumés, ils décrivent un univers où l'humanité se fraie un chemin à travers la misère. "Le silence de Lorna" a obtenu le Prix du scénario au Festival de Cannes 2008.

Résumé :

Pour devenir propriétaire d'un snack avec son amoureux Sokol, Lorna, jeune femme albanaise vivant en Belgique, est devenue complice de la machination de Fabio, un homme du milieu. Fabio lui a organisé un faux mariage avec Claudy pour qu'elle obtienne la nationalité belge et épouse ensuite un mafieux russe prêt à payer beaucoup pour devenir belge. Pour que ce deuxième mariage se fasse rapidement, Fabio a prévu de tuer Claudy. Lorna gardera-t-elle le silence ?

Analyse :

Le silence de Lorna est d'abord celui d'une jeune femme entièrement tendue vers son but : gagner suffisamment d'argent pour ouvrir un snack avec son ami albanais. Tous les moyens sont bons et son junkie de mari, épousé pour obtenir la nationalité belge, n'est qu'un pion sur l'échiquier. Elle ne sort du silence que pour refuser sèchement tout ce qu'il lui demande. Mais lui parle, essaie d'établir une communication avec celle qui partage son appartement mais pas sa vie. Et surtout, il implore son aide, il l'appelle au secours pour arriver à sortir de son assujettissement à la drogue. D'abord fermée à ces appels, incrédule sur leur sincérité, elle cède peu à peu, consent à l'aider et commence à croire à sa détermination. Ce qui l'amène à proposer à Fabio, le mafieux maître du jeu, un plan de substitution pour le sauver. Elle ira même jusqu'à s'offrir à lui pour l'arracher à l'emprise des dealers. La mort de Claudy sera alors pour elle un véritable deuil. Elle s'enfermera alors dans un autre silence, encore plus lourd, fait du refus de persévérer dans ces plans mafieux et d'un fort sentiment de culpabilité. De ce silence elle ne sortira que pour s'adresser à l'enfant de Claudy qu'elle croit porter. Ce dialogue avec un non-vivant est sans doute pour elle le moyen de prolonger la vie de celui qu'elle n'a pas réussi à sauver.
A travers un récit factuel sans fioritures, le film nous présente le cheminement intérieur de Lorna avec une particulière sobriété. Il nous montre comment sa dureté première se fissure lorsqu'elle consent à entendre les appels au secours de Claudy.

Maguy Chailley