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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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Le Soleil

Russe - 1 h 53

Réalisation :
Réalisateur : Alexandre SOKOUROV ; Scenariste : Yury ARABOV qui a écrit tous les scénarios de Sokourov ; Dir. Photo : également Alexandre SOKOUROV ; Dir artistique : Elena ZUKOVA.
Interprétation : l'Empereur : Issei OGATA - le général Mac Arthur : Robert DAWSON .
Auteur :
Alexandre Sokourov est né en Sibérie russe en 1951. Diplômé de l'Université de Gorki et de l'Institut VGIK, il vit à Saint Petersbourg. Son oeuvre est considérable en de très nombreux documentaires ainsi qu'en fictions toujours remarquées. On peut citer "Une voix solitaire" (1978) ou le "Deuxième Cercle" (1990). Ses oeuvres sont bien mieux distribuées en France depuis "Mère et Fils"(1996), "Moloch" (1999), "Taurus" (2000), "l'Arche russe" (2002) et "Père et Fils"(2003).
Résumé :

A l'été 1945, au lendemain d'Hiroshima, les troupes américaines sont aux portes de Tokyo. Hiro-Hito, l'empereur du Japon, cloîtré dans son obscur palais aux allures de bunker, se prépare à la défaite, entouré de la vénération de ses serviteurs. Se préparant à l'abdication politique devant le général des Etats-Unis il va surtout accepter de renoncer à son statut de Fils du Soleil d'ascendance divine pour n'être plus qu'un homme, un mari et un père.

Analyse :
Il s'agit du troisième volet d'une trilogie ambitieuse onsacrée aux derniers instants de trois personnages du XXème siècle investis d'un immense pouvoir. Mais alors que les deux premiers exercèrent ce pouvoir en tyrans particulièrement cruels (Hitler dans Moloch et Lénine dans Taurus), qu' Hitler est vulgaire et grotesque et Lénine égrotant et lamentable, Hiro-Hito est présenté comme étant un humble pacifiste prêt à renoncer à un pouvoir considéré comme suprême : celui d'un dieu. Tout est fait pour donner à cet acte de renoncement noblesse et dignité. Dans une ambiance de clair-obscur, et des couleurs brunâtres, chaque décor, chaque objet usuel décrit minutieusement, expriment la tristesse de cette fin de règne mais dans un climat de profonde méditation et de respect. On perçoit la spiritualité de l'auteur derrière l'attention qu'il porte aux gestes des différents acteurs, aux rituels du protocole, avec parfois une pointe d'humour.
L'interprétation d'Ogata est impressionnante dans le détail des mimiques du visage, du mouvement des mains, donnant à ce corps prisonnier une forte vitalité intérieure. Cet empereur engoncé dans son rôle sacré, droit comme un I, contraint d'imposer sa parole à ses ministres, apparemment interdit de toute sensibilité humaine, a quelque chose d'enfantin, citant quelques vers de poésie et s'intéressant surtout, dans son laboratoire d'ichtyologie à une espèce rare de crabe ou aux aurores boréales. Difficile de savoir quand il comprend qu'il n'est plus dieu. Est ce lorsque dans une séquence d'effets spéciaux inattendus chez Sokourov, il voit des poissons-chats voler dans les fulgurances de l'explosion atomique? La confrontation avec le général Mac Arthur son vainqueur va en tous cas révéler la sagesse de ce vieux monsieur par rapport aux questions stupides de l'américain qui montre à quel point cette culture et cette philosophie de l'autre coté de la planète lui sont étrangères. Et la séance de photographies à laquelle se soumet le monarque dédivinisé devant une bande de G.Is est une charge particulièrement féroce ! Toute une réflexion se dégage de cette oeuvre envoûtante, la plus convaincante de la trilogie, sur Pouvoir et Sacrifice mais aussi sur Sacré et Profane. (Jean Domon).