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Cinéma

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Les tortues volent aussi

(Iran/Irak 2004 ; durée 95min)

Réalisation :
Scénario et réalisation : Bahman Ghobadi. Image : Shahriar Assadi. Son : Bahman Ardalan. Prod. : MIJ FILMS (Téhéran). Distr. : Bac Films.
Interprétation : Soran Ebrahim, Hirsch Feyssal, Avaz Latif
Auteur : Né en 1969 au Kurdistan iranien, Bahman Ghobadi devient assistant d'Abbas Kiarostami en 1999 après avoir réalisé une dizaine de courts métrages qui obtiennent de nombreux prix nationaux et internationaux. En l'an 2000, son premier long métrage, Un temps pour l¹ivresse des chevaux, obtient à Cannes la Caméra d'or et le prix de la Quinzaine des réalisateurs. Il réalise en 2002 Les chants du pays de ma mère. Les tortues volent aussi  est son troisième long métrage. Ses trois films ont été tournés dans le Kurdistan et dénoncent la misère, les souffrances et le martyre du peuple kurde.
Résumé : Ill a une quinzaine d'années. Il s'appelle "Kak Satellite", ou du moins on l'appelle ainsi parce que, dans ce petit village du Kurdistan irakien, il est le seul à savoir installer un antenne pour capter la télévision, chose capitale au moment où commence le film : on est à la veille de l'attaque américaine sur l'Irak. Kak est aussi le chef des enfants. Et des enfants, il y en a beaucoup ici, orphelins ou séparés de leur famille, réfugiés  dans un camp de tentes au milieu du village. Arrive un étrange trio  composé d'un jeune manchot doté du don de voyance, de sa soeur, fillette au beau visage tragique et désespéré et d'un garçonnet de deux ans aveugle.

Analyse : Réalité ou cauchemar ? Réalité, sans aucun doute : celle d'un Kurdistan irakien que Bahman Ghobadi avait déjà filmée de façon impressionnante dans Un temps pour l'ivresse des chevaux et Les chants du pays de ma mère. Mais quand la réalité atteint un tel dérèglement, on croit au cauchemar. La différence, c'est que l'on sort des cauchemars habituels, alors que dans celui-ci les enfants restent plongés comme si pour  eux il n'y avait jamais eu, il n'y aurait jamais rien d'autre que la guerre, les champs de mines, les mutilations et la mort. Comme si l'horrible était devenu une normalité qu'il s'agissait d'organiser sans rien attendre des maîtres de ce monde, puisque ce sont eux les metteurs en scène de l'enfer.  
Souvent traversé d'images saisissantes (ainsi ces hommes immobiles,  les bras levés, serrés les uns contre les autres et couvrant la pente d'une colline, tandis que passent au dessus d'eux des hélicoptères américains déversant des tracts).  Les tortues volent aussi  est un admirable film-cri donnant la parole à des victimes :  ces enfants abandonnés, misérables, profondément blessés dans leur corps et dans leur coeur, mais grands de la bouleversante humanité qui les habite.  (Jean Lods)