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Cinéma

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Le vent se lève

Angleterre 2006 ; durée 2H04
Palme d'or au festival de Cannes 2006

Réalisation : Réalisation : Ken Loach ; Scénario : Paul Laverty ; Images : Barry Ackroyd ; Montage : Jonathan Morris ; Prod. : Sixteen Films, Matador Pictures. Distr. : Diaphana Distribution.
Interprétation : Cillian Murphy (Damien), Padraic Delaney (Reddy), Liam Cunningham (Dan), Orla Fitzgerald (Sineead).
Auteur :

Cela fait près de quarante ans que Ken Loach consacre son oeuvre à la cause des opprimés et des exclus, et se fait le défenseur d'une société plus humaine, plus juste, marquée par des idéaux socialistes. Parmi ses films les plus importants on peut citer Family Life (1967), Raining Stones (1993), Ladybird (1994), Land and Freedom (1995) (prix du Jury oecuménique à Cannes), My Name is Joe (1998). Le Jury oecuménique de Cannes lui a décerné en 2004 un prix spécial pour l'ensemble de son oeuvre.

Résumé :

Irlande 1920. Les brutalités des troupes de maintien de l'ordre anglaises, les Black and Tans, poussent une population de plus en plus rebelle à s'engager dans la résistance. Parmi elle, les deux frères O'Donovan, unis comme les doigts de la main : Teddy, l'aîné, qui montera dans la hiérarchie de l'armée secrète ; Damien, le plus jeune, qui, sur le point de devenir médecin à Londres, décide de rester et de combattre pour libérer son pays. La cause de la résistance fait tache d'huile en Irlande. Face à la montée de la guerilla, les Anglais préfèrent négocier. Un accord de paix est signé entre les Républicains irlandais et l'Empire britannique. Cet accord est dénoncé par une partie des Irlandais qui décident de reprendre la lutte.

Analyse :

La première partie du Vent se lève entre dans la ligne habituelle du cinéma de Ken Loach et rappelle Land and freedom. Mais c'est avec la seconde partie, celle qui commence avec la dénonciation du traité, que le film monte encore d'une ligne sur la portée de la tragédie : démarre alors en effet une nouvelle guerre, fratricide celle-là., contre les soldats irlandais qui, accord oblige, ont pris la place des Black and Tans anglais. Fratricide à un double titre, Teddy faisant partie de ceux qui ont signé le traité et le défendent les armes à la main, Damien de ceux qui le rejettent : de la sphère publique, l'horreur tombe dans la sphère privée.
Une horreur accentuée par la symétrie entre les deux parties, la première préparant la deuxième, et la deuxième reprenant comme dans un miroir aux images insoutenables les scènes de la première : même formation des futurs combattants, mêmes violences et mêmes souffrances, mêmes messagers de mort, même prison (seuls les geôliers changent), mêmes lettres écrites à sa famille par celui qui va être exécuté, mais dans l'intervalle le bourreau de la veille est devenu la victime d'aujourd'hui. Rarement la dénonciation de la folie des hommes aura connu une telle ampleur . Et si la tragédie d'hier mise en scène par Ken Loach en évoque d'autres qui ont lieu aujourd'hui, il est clair que ce n'est pas un hasard.

Jean Lods