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Cinéma

Cette rubrique est présentée par Pro-Fil

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L'île

(OSTROV)

Russie 2006 ; durée 1 H 52

Réalisation :
Réalisation : Pascal Lounguine. Scénario : Dmitri Sobolev. Image : Andrei Segalov. Son : Stefan Aleine et Vladimir Litrovnik. Production : Serguei Choumakov et Pavel Lounguine.
Interprétation : Piotr Mamonov, Victor Soukhoroukov et Dmitri Dioujev
Auteur :

Né en 1949, Pascal Lounguine est une sorte de franc-tireur dans le paysage cinématographique russe. Il a consacré l'essentiel de son œuvre à la description du délabrement de la société post-soviétique souvent avec beaucoup de verve et d'humour. Humour qui dissimule les ravages maffieux et "communautaristes". Il faut avoir vu "La Noce", "Luna Park" et "Taxi Blues", très remarqué à Cannes en 1990. Ici, l'exercice est très différent.

Résumé :

Une île quasi déserte, dans l'espace infini du grand nord russe. Un monastère peuplé de quelques moines de tous âges, confits pour la plupart dans leurs dévotions hors du temps. Et Anatoli, l'un d'entre eux.. ou presque : moine "convers", assailli par un lourd passé, visionnaire, guérisseur, sans indulgence, mais non sans amour, pour ses compagnons de fortune (ou d'infortune ?).

Analyse :

Lounguine a abandonné (pour un temps ?) la cruelle satire sociale pour une vaste épopée immobile dans les solitudes glacées d'une toundra habitée d'une neige quasi-éternelle. Anatoli vit en communauté monacale mais, en fait, en solitaire, préposé à la chaufferie de ce misérable cloître. "Au charbon" du matin au soir… et même la nuit : la houille est son matelas. En des temps anciens, on était en 1942 ! les allemands l'ont contraint à tuer son compagnon, qu'il avait dénoncé, en échange pour lui de la vie sauve. Depuis, il n'en finit pas de traîner son désespoir et sa faute. Nul ne saurait "l'apprivoiser" : il se mortifie à loisir et de ci de là "guérit" (ou tout comme) un garçonnet impotent et même ce qu'on appelait jadis une "démoniaque" : car les démons, il connaît… Sa réputation s'étend bien au-delà des rivages du continent voisin mais il exige par "équité" de ses patients, un geste de Foi. Lounguine nous donne à voir en abondance une superbe nature, d'un dépouillement tragique… tempéré par le chant d'un oiseau ou le spectacle d'un modeste parterre de fleurs timidement éclos de la neige fondante. Dans ce décor, agrémenté de ciels d'apocalypse, Anatoli distille à la fois les litanies de l'orthodoxie et les citations bibliques toujours en situation. Le spectateur "ordinaire" n'y verra que délires d'un être martyrisé par son passé et ouvrant sur "le monde" un regard sans complaisance. Mais le chrétien "cultivé" y trouvera bien davantage de quoi nourrir réflexions... et études bibliques : A quand le DVD indispensable pour l'exercice ? Au terme du film, dans une "pirouette" on apprendra que l'obsession d'Anatoli : "Pourquoi Caïn a-t-il tué Abel ?" est devenue pour lui sans objet… Mais jusque là, le rachat de son crime, tout au long de son existence, aura confiné à une sorte de sainteté…

Jacques Agulhon